Vacheron Constantin et Phillips in Association with Bacs & Russo inaugurent en novembre 2026 le premier concours d’élégance au monde dédié exclusivement à l’horlogerie. Un emprunt à l’automobile qui dit moins la santé d’une manufacture que la transformation profonde du rapport au patrimoine mécanique.
L’AUTOMOBILE AVAIT LE MODÈLE
Les concours d’élégance automobiles existent depuis 1895. Le Pebble Beach Concours d’Elegance, fondé en 1950 en Californie, est devenu le format de référence mondial — une présentation de véhicules historiques sur pelouse, jugés par un jury de connaisseurs selon des critères alliés à l’authenticité, la rareté et l’état de conservation. L’horlogerie de collection, elle, avait ses propres rites : les ventes aux enchères chez Phillips ou Christie’s, les salôns privés, les forums en ligne. Rien qui ressemble à une mise en scène formalisée du patrimoine en mains privées.
C’est ce vide que comble à présent la Maison Vacheron Constantin, à l’initiative de Phillips in Association with Bacs & Russo. Le premier « Vacheron Constantin Concours d’Élégance Horlogière » réunira en novembre 2026, à Genève, des collectionneurs du monde entier détenteurs de montres de la Manufacture fabriquées entre 1755 et 1999. Sept catégories définissent le périmètre : sonneries, chronographes, complications astronomiques, complications multiples, Chronomètre Royal, métiers d’art et design. Neuf critères déterminent les lauréats : authenticité, élégance, rareté, impact historique, provenance, technicité, métiers d’art, état de conservation et — c’est ici que la liste devient intéressante — « dimension émotionnelle ».
« En tant que passionné de longue date des concepts de Concours d’Élégance, j’ai longtemps rêvé d’intégrer ce concept à la haute horlogerie. »
— Aurel Bacs, Senior Consultant, Phillips in Association with Bacs & Russo
CE QUE LA DIMENSION ÉMOTIONNELLE RÉVÈLE
La présence de ce neuvième critère dans le règlement off officiel mérite une pause. L’horlogerie de collection a longtemps fonctionné sur un système d’évaluation binaire : technique ou commercial. Une pièce vaut par ses complications, son état, sa provenance documentée — et par ce que le marché en décide le jour de la vente. Introduire la « dimension émotionnelle » comme critère officiel d’un jury expert, c’est reconnaître que la valeur d’un garde-temps dépasse la somme de ses composants évalués sur une grille.
La montre de poche ou le bracelet qui concourt n’est pas une pièce de musée : elle appartient à quelqu’un. Elle a traversé des mains, des époques, peut-être des générations. Cette dimension narrative — longtemps considérée comme un bonus commercial plutôt qu’un critère intellectuellement rigoureux — entre désormais dans le protocole officiel d’une manufacture fondée en 1755.
| DÉTAIL — LES SEPT CATÉGORIES DU CONCOURS Mécanisme à sonnerie : répétition minutes, à quarts, à demi-quart ou grande sonnerie Chronographes : deux ou trois compteurs, mono-poussoir ou rattrapante Complications astronomiques : triple calendrier, quantième complet ou perpétuel Complications multiples : au moins deux complications parmi tourbillon, sonnerie, chronographe, calendrier Chronomètre Royal : appellation officielle délivrée à partir de 1907 Métiers d’art : gravure, émaillage, sertissage, guillochage (hors pièces squellettées) Design : habillage signature ou affichage original (rétrograde, heure sautante, heures du monde) |
LE CHOIX DU JURY COMME DÉCLARATION D’INTENTION
Phillips et Vacheron Constantin ont constitué un jury de dix membres dont la composition mérite d’être lue comme un programme. Aurel Bacs, commissaire-priseur quadrilingue et co-fondateur de Bacs & Russo — l’homme qui a orchestré les ventes records de ces quinze dernières années — y côtoie Christian Selmoni, Directeur Style & Heritage chez Vacheron Constantin, issu d’une famille d’horlogers de la Vallée de Joux. Felix Baumgartner, troisième génération d’horloger né à Schaffhouse, co-fondateur d’URWERK en 1997, représente la création contemporaine radicale. Yasmine AlShathry apporte le regard d’une plateforme culturelle horlogière saoudienne, signe d’une géographie de la collection en pleine mutation.
Auro Montanari — mieux connu sous son pseudonyme John Goldberger — collectionne et étudie les montres vintage depuis quarante-cinq ans et compte onze ouvrages publiés sur le sujet. Wei Koh, fondateur de Revolution et de The Rake, représente la critique horlogière anglophones la plus lue. Alexandre Ghotbi, ancien avocat d’affaires qui a quitté Paris en 2008 pour rejoindre Vacheron Constantin à Genève après avoir co-fondé « The Hour Lounge » en 2007, incarne la traduction des communautés numériques en expertise institutionnelle.
Ce jury n’est pas un jury de vente aux enchères. Ses membres ne fixent pas de prix de réserve : ils décernent des trophées, sans compensation financière pour les lauréats. Le signal est clair — la reconnaissance recherchée ici n’est pas monétaire.
« Suivant les célébrations de notre 270e anniversaire, ce concours permet d’honorer encore davantage ceux qui préservent et valorisent le savoir-faire et l’histoire de la Maison. »
— Christian Selmoni, Directeur Style & Heritage, Vacheron Constantin
LA TEMPORALITÉ COMME ARCHITECTURE
Le calendrier du concours n’est pas anodin. Les inscriptions courent du 19 janvier au 30 avril 2026, depuis les boutiques et sur vacheron-constantin.com. La remise des prix est fixée au 10 novembre 2026 à Genève, immédiatement après les ventes d’automne de Phillips in Association with Bacs & Russo. La proximité n’est pas fortuite : elle positionne le concours en amont de l’acte commercial, dans un espace où la valeur est culturelle avant d’être marchande.
Sont exclues du concours les montres à quartz, les horloges et les pièces ayant subi des modifications majeures. Cette clause d’exclusion établit implicitement une hiérarchie : le mouvement mécanique est la condition du patrimoine. C’est une affirmation technique qui a une histoire — et un enjeu contemporain, à l’heure où certaines manufactures réévaluent leur rapport à l’électronique.
Ce que ce concours inaugure dépasse son édition inaugurale. Il pose la question de la transmission — non pas de la montre d’un Cabinotier à son client, mais du garde-temps acquis sur le marché secondaire et conservé dans une collection privée. Vacheron Constantin investit ce territoire avec des outils empruntés à l’automobile, mais avec une échelle de valeurs qui est proprement horlogière. Il reste à voir si d’autres manufactures, fondatrices d’un patrimoine tout aussi considérable, choisiront de suivre ou de construire leur propre format. L’appellation « première édition mondiale » ne résiste jamais longtemps à la concurrence.























