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Des vies fragiles.

by Woesland
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Après sa mise en scène fulgurante de Roberto Zucco de  Koltès présentée à la Cartoucherie la saison précédente, Pauline Bureau  s’interroge sur la construction intime de l’identité sexuelle. Menée tambour battant par une équipe de comédiennes, toutes trentenaires, sa dernière création Modèles, actuellement à l’affiche du Nouveau Théâtre de Montreuil, dévoile avec une fraîcheur incisive les secrets de la féminité.

Photo - Cédric Calmels

Portrait d’une génération : sur scène, quatre comédiennes, toutes petites filles dans les années 80, jeunes filles dans les années 90, femmes au XXème siècle.  Qu’elles aient grandi aux sons des  idées libératrices de mai 68 ou qu’elles aient été façonnées par une éducation plus traditionnelle, elles viennent témoigner  avec leurs mots. Vécu ou pas vécu, elles racontent la blessure d’être née fille, les bouleversements du corps, l’indifférence au plaisir, ou la violence d’être annexée par tout ce qui empêche d’être soi.

Qui ? Cette femme qui fait éclater les carcans , échappe aux destinées programmées par ces mécanismes ancrés dans la mémoire collective, qui guident les gestes du quotidien, les élans du cœur et du corps? Cette femme qui court librement sans être obligée de se bander les seins pour se faire croire qu’elle sera un jour un champion d’athlétisme? Existe-t-elle vraiment ou n’est-elle qu’une fois de plus qu’un idéal? Et doit-on poursuivre cet idéal  si c’est pour se retrouver seule comme la comédienne Marie Nicolle (magnifique)  à crier Maman dans le noir?

Composition kaléidoscopique  : pour l’aider à construire ces questions, Pauline Bureau s’est appuyée sur des vidéos, des chansons d’Edith Piaf et de Courtney Love, des morceaux choisis de Virginie Despentes, Simone Beauvoir, Pierre Bourdieu, Judith Butler, des tableaux de Cranach et des photos de Nan Goldin. Sans moralisme, sans victimisation, sans chercher à prouver quoique ce soit, elle parvient à laisser éclore la fraîcheur de ces vies fragiles. Et parce qu’elle a su rester à hauteur de femmes, on se laisse émouvoir par ces belles trentenaires venues « avec ce qu’elles sont », des histoires pas drôles qui font sourire, des aigus qui déraillent, des jambes lancées en l’air qui n’atteindront jamais la lune…

De vrais moments de grâce.

Odile Woesland

Modèles, une mise en scène de Pauline Bureau

Avec les comédiennes-musiciennes – Sabrina Baldassarra, Laure Calamy, Gaëlle Haussermann, Sonia Floire, Marie Nicolle, Dramaturgie et collaboration artistique – Benoîte Bureau, Vidéo – Gaëlle Haussemann…

Jusqu’au 11 janvier.

www.nouveau-theatre-montreuil.com

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