Habituellement réservée aux professionnels, la Galerie Andrée Putman lève l’exception le temps de la Paris Design Week. Du 10 au 19 septembre, cet appartement-écrin du 7e arrondissement dévoile pour la première fois sa scénographie au public, l’année même où le studio célèbre le centenaire de la naissance de sa fondatrice.
Il y a quelque chose d’à propos dans le fait qu’une figure aussi attachée à l’intime que l’était Andrée Putman voie sa galerie s’ouvrir, pour la toute première fois, non plus aux seuls professionnels mais au public. C’est pourtant ce que propose le Studio Andrée Putman à l’occasion de la Paris Design Week 2026 : du 10 au 19 septembre, la galerie du 9 bis avenue de Saxe, dans le 7e arrondissement, lève l’exception qui la réservait jusqu’ici aux initiés.
L’endroit lui-même mérite le détour. Installée dans une ancienne école réhabilitée dans les années 1970 par des amis galeristes d’Andrée Putman, la galerie déploie deux pièces de réception aux volumes 1930, hauteur sous plafond et lignes épurées comprises, tournées vers un jardin invisible depuis la rue. Cette architecture, précisément parce qu’elle ne cherche pas l’effet, laisse toute leur place aux pièces qu’elle accueille : rééditions du mobilier signature, archives exclusives, et cette scénographie changeante où passé et présent, selon les mots du studio, « coexistent naturellement ».
La programmation de cette édition met en avant deux pièces en particulier : la réédition du canapé en demi-ellipse Crescent Moon, et le très rare guéridon Bouton d’Or, proposé ici en édition Collector. Ces rééditions ont ceci de particulier qu’elles ne réactivent pas des best-sellers commerciaux, mais des pièces conçues à l’origine pour des projets précis, jamais commercialisées telles quelles, et aujourd’hui recomposées dans des matériaux contemporains issus de savoir-faire français. La table Mille et Un Carré, dévoilée au Grand Palais lors d’Art Paris et récemment récompensée du Prix Bel Ouvrage à Venise, procède de la même logique : une pièce d’archive relue, plutôt qu’un objet neuf déguisé en hommage.
La galerie Templon, partenaire de cette ouverture, y installe des œuvres contemporaines pensées en écho avec la scénographie, prolongeant une habitude qu’Andrée Putman avait elle-même cultivée de son vivant : faire dialoguer le mobilier avec l’art, et les grandes maisons entre elles. L’espace conserve d’ailleurs la trace de plusieurs de ces collaborations historiques, avec la collection Vertigo de Christofle mise en scène dans l’installation, le lustre en cristal Orgue de Lalique, ou encore une salle de bains en carreaux noir et blanc qui ravive l’esprit du Morgans Hotel new-yorkais, jusque dans sa robinetterie « O » signée THG.
Cette ouverture s’inscrit dans une année particulière pour le studio. 2025 marquait le centenaire de la naissance d’Andrée Putman (1925-2013), et le studio en a profité pour amorcer un nouveau chapitre : arrivée d’Aurélie Laure à la tête de l’agence, direction artistique confiée à Olivia Putman, ouverture d’un showroom à New York en mai dernier. Plutôt que de figer l’anniversaire dans la commémoration, le studio a choisi d’en faire un moteur, avec une programmation qui court jusqu’en décembre 2026 entre rééditions, nouvelles créations et projets d’architecture intérieure.
Le geste le plus révélateur de cette période reste sans doute la relation nouée avec l’École Camondo, dont les diplômés de la promotion 2026 ont choisi de prendre le nom d’Andrée Putman en hommage à l’une des figures majeures du design français. Le studio y répond par la création de deux distinctions : le Prix Andrée Putman de la Jeune Création, qui sera décerné en septembre à un diplômé de cette promotion et donnera lieu à une exposition dans la galerie parisienne durant la Paris Design Week, et un second prix à vocation internationale, offrant à son lauréat une visibilité dans la galerie new-yorkaise. Une manière, pour une maison construite sur l’héritage d’une seule créatrice, de désigner très concrètement qui pourrait en écrire la suite.
La Galerie Andrée Putman est ouverte au public du 10 au 19 septembre 2026, de 14h à 17h, en semaine, au 9 bis avenue de Saxe à Paris.















Cette publication est également disponible en :
