Avec « KIN LA BELLE », Ladislas Mandé offre à LAD/ ses débuts au calendrier officiel de la Fashion Week Hommes à Paris — une collection qui réconcilie la rigueur sartoriale européenne et la puissance culturelle africaine.
Il y a des débuts qui ne ressemblent pas à des débuts. La première apparition de LAD/ sur le calendrier officiel de la Paris Fashion Week Hommes SS27 avait quelque chose d’accompli — la retenue précise de quelqu’un qui sait exactement ce qu’il fait et pourquoi il le fait. « KIN LA BELLE » : le titre seul dit l’ambition. Kinshasa la belle. La capitale congolaise comme référent esthétique, comme source, comme revendication.
Ladislas Mandé a fondé LAD/ avec une conviction que l’on retrouve dans chaque pièce de la collection : le vêtement de luxe peut être un langage. Pas seulement un objet, mais une conversation — entre les cultures, entre les savoir-faire, entre les territoires. Les pièces SS27 sont produites en Italie, au Japon, en Turquie et aux États-Unis. Quatre géographies, quatre traditions techniques, une seule vision.
Ce qui frappe dans LAD/, ce n’est pas l’originalité du propos — la mode a toujours absorbé et retraité les identités du monde entier. Ce qui frappe, c’est la précision avec laquelle Mandé refuse la folklorisation. Il n’y a pas de « références africaines » dans les looks au sens décoratif du terme : pas d’imprimés wax, pas de broderies ethniques posées sur des costumes européens. Ce que l’on voit, c’est une tenue de l’être — une façon d’occuper l’espace dans le vêtement qui porte la mémoire de Kinshasa sans la citer.
La collection opère par soustraction. La coupe est souveraine, la matière primaire. Ce qu’on lit dans les silhouettes, c’est une certaine idée de la posture — celle de quelqu’un qui n’a pas besoin de prouver sa légitimité parce qu’elle est constitutive de son identité. C’est peut-être là la leçon la plus contemporaine de LAD/ : dans un univers de la mode saturé de discours sur la diversité, Mandé parle à travers le vêtement plutôt que malgré lui.
La géographie comme méthode
Produire en Italie, au Japon, en Turquie et aux États-Unis n’est pas un caprice logistique. C’est une méthode. Chaque territoire apporte une compétence spécifique : le tombé des étoffes italiennes, la précision du travail japonais sur les finitions, la maîtrise turque des tissages, la liberté de coupe américaine. Ce que Mandé cherche, c’est une pièce qui soit irréductible à une seule origine — exactement comme lui.
Cette approche place LAD/ dans une lignée de créateurs qui ont fait de leur biographie un système de création : Dries Van Noten et ses marchés de couleurs du monde entier, Haider Ackermann et ses allers-retours entre Bogotá et Anvers. Mais là où ces créateurs ont mis des décennies à trouver leur voix, Mandé semble l’avoir trouvée dès le début. La présentation SS27 à Paris en est la preuve : la communauté internationale de la mode y a vu non pas un talent prometteur, mais une maison déjà constituée.
Une question ouverte
La belle question que pose « KIN LA BELLE » est celle-ci : à quoi ressemble le luxe quand il refuse d’être l’héritier d’une seule culture ? LAD/ commence à esquisser une réponse. Elle ne sera peut-être complète que dans quelques saisons. Mais l’esquisse, pour l’instant, est remarquable.































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