Marie-Adam Leenaerdt, la mesure d’un prix

by PASCAL IAKOVOU
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Dans l’économie des concours, le vêtement compte parfois moins que l’écosystème qu’il révèle.

L’ANDAM 2026 consacre une créatrice belge déjà repérée, mais encore placée à ce point fragile où une silhouette devient une structure.

Ce qui se joue ici n’est pas seulement une dotation : c’est la manière dont Paris organise, autour de jeunes signatures, une forme de continuité culturelle.

Le palmarès 2026 de l’ANDAM arrive à un moment particulier pour la mode européenne. Après plusieurs saisons dominées par les recompositions de directions artistiques, les effets d’image et la spectacularisation des calendriers, le prix remet au centre une question plus discrète : comment accompagner une voix lorsqu’elle n’a pas encore été absorbée par la machine industrielle ?

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Le Grand Prix revient cette année à Marie-Adam Leenaerdt, créatrice belge dont la Maison, fondée récemment, avait déjà figuré parmi les finalistes de l’ANDAM et du LVMH Prize en 2024. L’information n’est pas seulement biographique. Elle dit le rythme d’installation d’une génération qui ne se construit plus dans l’opposition frontale aux institutions, mais dans une négociation subtile avec elles. L’ANDAM lui attribue trois cent mille euros et une année de mentorat auprès d’Alexandre Mattiussi, fondateur d’Ami Paris et président du jury 2026. Dans une industrie où l’accès au réseau est devenu presque aussi décisif que l’accès à l’atelier, cette seconde dimension compte autant que la première.

Leenaerdt intéresse précisément parce qu’elle travaille une forme de retenue. Ses collections ne cherchent pas l’effet immédiat ; elles déplacent le quotidien vers une zone plus étrange, plus mentale, où le vestiaire garde sa fonction tout en perturbant sa lecture. Cette économie du signe, très belge dans son refus du spectaculaire, trouve avec l’ANDAM un ancrage parisien. Le prix ne récompense donc pas seulement un nom : il valide une manière de ralentir l’image, de donner au vêtement un temps de lecture plus long que celui du flux.

Autour du Grand Prix, le reste du palmarès dessine une cartographie utile. Pauline Dujancourt reçoit le Prix Spécial, Anthony Calydon le Prix Pierre Bergé, Philéo Landowski le Prix Accessoires. Chacun de ces prix est accompagné d’une dotation de cent mille euros et d’un mentorat spécifique. Le dispositif indique ce que Paris cherche désormais à produire : non plus seulement des signatures, mais des trajectoires. La jeune création n’est pas laissée à l’épreuve abstraite du marché ; elle est placée dans une architecture d’accompagnement, où jurys, Maisons, salons, partenaires et investisseurs composent une diplomatie de la mode.

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Le volet innovation complète ce tableau. Alphalyr, start-up française spécialisée dans l’analyse de données appliquée à la mode, reçoit le Prix Innovation et cent mille euros. Pili obtient un prix dédié à la durabilité pour ses colorants et pigments biosourcés. Ces distinctions pourraient sembler périphériques face au prestige du vêtement. Elles sont pourtant essentielles. Elles montrent que l’ANDAM ne considère plus la création comme un geste isolé, mais comme un système : matière, donnée, distribution, traçabilité, récit.

C’est peut-être là que se situe le fait culturel le plus défendable de cette édition. Le concours, créé pour soutenir la jeune création, devient progressivement un outil de soft power appliqué à toute la chaîne de valeur. La France ne se contente pas d’attirer des créateurs ; elle organise autour d’eux un langage institutionnel, économique et symbolique. Elle rappelle que Paris n’est pas seulement une scène où l’on défile, mais une infrastructure où l’on apprend à durer.

La victoire de Marie-Adam Leenaerdt vaut donc moins comme consécration que comme seuil. Elle ouvre une année d’accompagnement où la question ne sera pas de grossir vite, mais de préserver la précision d’une voix au contact des moyens nouveaux. C’est souvent à cet endroit que la mode se décide : non dans l’annonce d’un prix, mais dans la capacité d’un nom à rester juste lorsqu’il commence à être regardé de plus près.

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