Elles lisent Proust, Hugo, Agatha Christie et Prévert. Elles ont entre 75 et 90 ans, parfois davantage. Elles lisent chaque jour, pour s’évader, pour stimuler leur mémoire, pour rompre la solutionde. Et chaque année, depuis 2020, elles désignent les finalistes du Prix du Livre Nohée — un prix littéraire qui, contrairement à tant d’autres, part des lecteurs plutôt que d’arriver jusqu’à eux.
Un prix littéraire né d’une conviction
Le Prix du Livre Nohée, doté de 5 000 euros, récompense chaque année un roman ou un récit en langue française centré sur la transmission et les liens intergénérationnels. Il est porté par le Club de Lecture Nohée, présent dans 39 résidences seniors en France, en partenariat avec la librairie Mollat. Pendant six mois, les résidents lisent, échangent, évaluent selon des critères définis : l’émotion, l’originalité, la qualité de l’écriture. Ce n’est pas un prix de salon littéraire. C’est un prix de lecteurs sérieux.

Les trois finalistes de la 7e édition — désignés par les résidents avant la délibération d’un jury présidé par la comédienne Brigitte Fossey — illustrent cette exigence. Chaque titre, à sa façon, explore ce qui nous relie à ceux qui nous ont précédés.
Trois livres, un seul fil rouge
On l’appelait Bennie Diamond, de Michaël Dichter (Les Léonides), plong dans le quartier des diamantaires d’Anvers des années 1970. Un roman d’apprentissage sur la transmission du métier, le poids des origines et la promesse des pierres précieuses dans un monde régi par les héritages familiaux.
Loin du Mékong, de Louis Raymond (Calmann-Lévy), reconstruit un double voyage : un jeune Français à la recherche de la tombe de sa grand-mère dans le delta du Mekong, et, un siècle plus tôt, une jeune Vietnamienne qui traversait les mêmes terres pour des raisons opposées. Entre les deux, une histoire familiale que les générations n’ont pas su se transmettre.
L’enfant à la tête baissée, d’Alexis Salatko (Denoël), est le plus intime des trois. Un trouble rare qui empêche de manger devant les autres, une enfance de différence, et la lecture comme refuge, puis comme demeure. Un récit qui a touché les lectrices du club plus que tout autre, parce qu’il parle de ce que les livres font quand rien d’autre ne fonctionne.
Ce que le prix révèle vraiment
Il y a quelque chose de profondément contre-courant dans le Prix du Livre Nohée. Dans un monde éditorial où les jurys littéraires sont souvent composés des mêmes cercles parisiens, où la réseautage vaut parfois plus que la prose, ce prix part du bas : des résidences seniors, des lectures solitaires du mardi matin, des femmes qui citent Prévert et Dumas de mémoire.
Le lauréat sera désigné en octobre 2026. Quel que soit son nom, il aura obtenu quelque chose de rare : l’approbation de lectrices qui n’ont plus rien à prouver, et qui ne lisent que par amour.
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