Home Luxe et IAÀ VivaTech, l’objet connecté apprend à s’effacer

À VivaTech, l’objet connecté apprend à s’effacer

by pascal iakovou
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Lunettes intelligentes, implants neuronaux : sur la scène de VivaTech, quatre industriels du wearable ont dessiné les contours d’une même ambition. Non plus augmenter le regard que l’on porte sur le corps, mais disparaître de sa conscience. Une bascule qui change la question que doit désormais se poser tout objet porté sur soi.

L’œil, point d’entrée

Chez Essilor Luxottica, on parle d’un parc de cinq cents millions de porteurs adressés chaque année sur le seul marché de la santé visuelle. Jean Saler, qui dirige la recherche sur les solutions de détection embarquées dans les lunettes connectées du groupe, en tire une conviction simple : l’œil est l’organe le mieux exposé du corps, donc le meilleur poste d’observation. La preuve par l’usage existe déjà. Les lunettes Stellest, commercialisées pour des enfants à partir de six ans afin de ralentir la progression de la myopie, ne comportent ni bouton, ni caméra, ni microphone. Elles se contentent de mesurer le temps de port et de restituer cette donnée aux parents et aux ophtalmologistes. L’enjeu n’est pas cosmétique : ralentir une myopie, c’est aussi limiter le risque ultérieur de glaucome.

Le geste qui ne se voit plus

Pour Matt Sanders, qui pilote l’impact social des wearables chez Meta, l’histoire récente de la technologie est celle d’un corps qui s’est plié à l’outil : dos voûté sur les écrans, regard happé par un rectangle lumineux consulté, selon les données qu’il cite, environ cent soixante-six fois par jour. Les lunettes Ray-Ban Meta, conçues avec Essilor Luxottica, inversent ce rapport : c’est l’outil qui doit se loger dans un geste déjà acquis, celui de chausser ses lunettes le matin. Le produit n’est pourtant pas né d’un plan marketing. Il a d’abord existé sous le nom de Ray-Ban Stories, simple caméra embarquée sans intelligence artificielle. C’est un salarié malvoyant de Meta qui, lors d’un hackathon interne, a suggéré d’y adjoindre une description vocale de l’environnement immédiat : un repère sur la table, l’inscription d’une boîte de conserve, la traduction d’un menu. Cette filiation rejoint celle du téléphone-relais ou de la machine à écrire, deux objets conçus pour un usage minoritaire avant de devenir des standards. Reste la question de la confiance : Meta a choisi de faire clignoter un voyant lumineux dès qu’une prise de vue démarre, geste qui rappelle le déclic obligatoire des premiers appareils photo de téléphone, avant que l’usage ne le rende inutile.

Qui possède l’oubli

La logique de l’effacement va plus loin encore chez InBrain Neuroelectronics, dont Carolina Aguilar a fondé la technologie sur le graphène et les semi-conducteurs pour implanter, dans le cerveau ou sur le thorax, des interfaces destinées au système nerveux central et périphérique. La première indication visée est la maladie de Parkinson, avec des partenariats engagés auprès de Merck en Europe, de la Mayo Clinic aux États-Unis et, plus récemment, de Microsoft sur le volet des données. L’argument chiffré qu’elle avance change d’échelle : un habitant sur trois dans le monde, soit environ trois milliards de personnes, vit avec un trouble neurologique. Elle cite aussi un défaut d’accès criant, à l’image du déficit de cardiologues sur le continent africain, où la pose de pacemakers reste marginale faute de spécialistes disponibles. Mais l’implant pose une question que les lunettes connectées n’affrontent pas avec la même intensité : que devient la propriété d’une donnée qui vit sous la peau.

Le Détail. Chez InBrain Neuroelectronics, la donnée générée par l’implant appartient contractuellement au patient, et à lui seul. S’il le souhaite, le dispositif peut être explanté à tout moment — et la donnée s’efface avec lui.

Ce qui reste quand l’objet disparaît

Les quatre industriels présents racontent, chacun à sa façon, le même renversement : l’objet de luxe n’est plus celui qui se montre, mais celui qui s’oublie le plus vite sur le corps. Une lunette qu’on ne sent plus, un implant qu’on ne remarque plus. Mais un objet qu’on oublie reste un objet qui continue d’agir — de mesurer, parfois de décider. La question qui se pose alors n’est plus celle de la visibilité de la technologie, mais celle de sa gouvernance silencieuse : qui décide, une fois qu’on a cessé de regarder.

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