Home Art de vivrePirelli et les 500 Grands Prix : quand la mémoire de la F1 se récrit en livre d’art

Pirelli et les 500 Grands Prix : quand la mémoire de la F1 se récrit en livre d’art

by pascal iakovou
0 comments

La Fondation Pirelli publie chez Marsilio Arte « 500 Grands Prix avec Pirelli », un livre-événement qui mêle archives photographiques, technologie pneumatique et culture d’entreprise. La course comme civilisation.

L’archive comme matiè re première

Il existe peu d’industries où l’archive prend une valeur aussi concrète qu’en course automobile. Un pneu de 1984 utilisé par Ayrton Senna à Monaco n’est pas un artefact de musée : c’est la trace matérielle d’une décision prise à 180 km/h, d’une chimie de caoutchouc qui a répondu ou pas à une sollicitation que les équipes n’avaient pas prévue. La Fondazione Pirelli le sait mieux que quiconque, et c’est ce savoir qui donne à son nouveau livre son épaisseur.

Publié par Marsilio Arte — l’une des maisons d’édition les plus sérieuses dans le domaine des monographies culturelles et industrielles italiennes —, « 500 Grands Prix avec Pirelli » n’est pas un catalogue de victoires. C’est une archive mêlée : photographies de paddock, coupes techniques de gomme, correspondances d’ingénieurs, portraits de pilotes, résultats de tests. Une histoire de la F1 racontée depuis les garages et les laboratoires plutôt que depuis les podiums.

Pirelli en F1 : l’équipementier comme acteur narratif

Le rapport de Pirelli à la Formule 1 est particulier. Fournisseur officiel unique depuis 2011 — une position qui lui a valu autant d’éloges que de critiques, selon les saisons et les défaillances —, Pirelli n’est pas un équipementier parmi d’autres. Il est l’un des rares acteurs transversaux qui connaissent toutes les équipes de l’intérieur, qui disposent de données sur chaque circuit et chaque dégradation, et dont le nom apparaît dans chaque récit de course, qu’il soit glorieux ou chaotique.

Ce livre est aussi une manière d’assumer cette position. Pirelli ne cherche pas à montrer ses victoires : il ne peut pas, puisqu’il équipe tout le monde. Il montre son travail, ses archives, sa présence constante dans l’équipe des vainqueurs comme de ceux qui n’ont jamais gagné. C’est une forme d’humilité industrielle rare dans la culture de la course.

Marsilio Arte et la dignité du livre d’entreprise

Il n’est pas anodin que Pirelli ait choisi Marsilio Arte pour publier ce livre. Cette maison — fondée à Venise, reconnue pour ses monographies d’artistes et ses publications sur le patrimoine industriel italien — impose une exigence éditoriale qui dépasse la logique du livre-cadeau d’entreprise. Le résultat est un objet conçu pour durer sur une table basse et pour être relu, non pour décorer une salle d’attente.

C’est une différence qui compte. Le livre d’entreprise a souvent été le parent pauvre de l’édition culturelle, sacrifiant la profondeur à la célébration. Pirelli, avec Marsilio Arte, choisit une autre voie : celle d’un objet éditorial qui se justifie en dehors de son commanditaire, que l’on soit passionné de F1, d’histoire industrielle ou de photographie.

« 500 Grands Prix avec Pirelli », Fondazione Pirelli, publié par Marsilio Arte. En librairie et sur les circuits où la mémoire a encore droit de cité.

Related Articles