Sur la terrasse du deuxième étage, face aux Salons Historiques, l’Hôtel de Crillon ouvre à six convives au maximum un espace qui n’avait jamais été accessible au public. Chef Alan Taudon y préside des dîners d’une discrétion absolue.
Une terrasse hors du temps, un étage au-dessus du monde
Il existe, à l’Hôtel de Crillon, des espaces que même les clients les plus fidèles n’ont jamais franchis. L’Herbier Secret est de ceux-là : une terrasse située au deuxième étage, au-dessus de la place de la Concorde, face à l’exacte géométrie des Salons Historiques que Gabriel a conçus au XVIIIe siècle. Ce n’est pas un rooftop dans l’acception contemporaine du terme — pas de cocktail de bienvenue servi sur fond de playlist, pas de vue panoramique conquise sur la ville. C’est autre chose : un jardin suspendu, végétal, intime, que le palace a décidé pour la première fois d’ouvrir à la table privée.
Du 12 juin au 25 juillet, puis du 27 août au 25 septembre 2026, l’Herbier Secret accueille des dîners privés de quatre à six personnes, à 250 euros par convive, avec en option des accords mets et vins à 140 euros supplémentaires. Le ratio — six couverts maximum — n’est pas un argument de vente. C’est une philosophie.
Alan Taudon : une cuisine du lieu, pas du marché
Chef Alan Taudon préside à cet espace avec une approche qui doit plus à la botanique qu’à la gastronomie de spectacle. Ses menus sont construits à partir des plantes et aromates cultivés dans le jardin lui-même — d’où le nom d’herbier, qui n’est pas métaphorique mais littéral. La cuisine est celle du lieu : elle ne documente pas une identité de chef mais une saisonnabilité végétale, une proximité entre ce qui pousse et ce qui se sert.
Il y a dans cette démarche quelque chose de profondément français — non pas le français des codes et des crèmes, mais celui des jardins du Roi et des poétiques du potager. Alan Taudon ne cherche pas à impressionner : il cherche à situer. Ses convives ne sont pas des clients qui dînent à Paris ; ils dînent dans un jardin privé du XVIIIe siècle, à deux étages au-dessus de la place.










Le luxe comme absence
L’époque a tendance à confondre luxe et saturation — plus de serv-ices, plus d’espaces, plus de prestations. L’Herbier Secret fonctionne à rebours. Ce qui fait la valeur de cet espace, c’est précisément ce qui y est absent : les autres clients, le bruit, le service de masse, la nécessité de se faire voir. On y va parce qu’on cherche à ne pas être vu, ou parce qu’on souhaite voir ses convives sans distraction.
À 250 euros par personne sans les vins, c’est l’une des expériences les plus accessibles que le Crillon ait jamais proposées au regard de ce qu’elle procure. Six personnes. Un chef. Un jardin que Paris ne voit pas. Une cuisine de saison qui commence deux étages plus bas dans la terre.
L’Herbier Secret, Hôtel de Crillon. 12 juin — 25 juillet, 27 août — 25 septembre 2026. Sur réservation uniquement, pour quatre à six convives. Paris ne le saura peut-être pas.
