Home ModeFashion WeekEtro, Resort 2027 : le cachemire comme langage qui se régénère

Etro, Resort 2027 : le cachemire comme langage qui se régénère

by pascal iakovou
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Hors du calendrier des défilés, la collection Resort est le laboratoire discret des Maisons. Chez Etro, elle met à l’épreuve l’emblème qui fonde l’atelier depuis 1968 : le motif paisley, traité par Marco De Vincenzo comme une matière vivante plutôt que comme un héritage à conserver.

Les collections Resort — que l’on disait jadis de croisière — occupent une place à part dans l’année d’une Maison. Ni grand-messe de défilé, ni simple commerce de saison, elles sont devenues le moment où un atelier teste ses certitudes loin du tumulte. Chez Etro, fondée à Milan en 1968 par Gimmo Etro, ce rendez-vous discret porte une charge particulière : il interroge le motif qui tient lieu de signature et de fondation — le paisley, ce cachemire en goutte hérité des routes d’Orient.

Un emblème plutôt qu’un logo

L’histoire d’Etro est celle d’une entreprise de textile avant d’être celle d’une griffe de mode. La Maison a d’abord édité des étoffes, et c’est par l’impression, le tissage et la teinture qu’elle s’est imposée. Le paisley n’y est donc pas un logo plaqué sur un vêtement : c’est une grammaire, un savoir d’atelier, une manière de penser la surface. Cette antériorité textile change tout. Là où d’autres Maisons protègent un monogramme, Etro travaille un motif — c’est-à-dire une matière que l’on peut déformer, recomposer, relire sans la trahir.

Depuis 2023, c’est Marco De Vincenzo qui tient ce fil. Arrivé à la direction de la création après une formation au plus près des techniques de broderie et d’impression, il a fait du patrimoine décoratif d’Etro non un musée mais un atelier ouvert. Sa lecture du paisley tient en une idée qu’il revendique : l’ADN de la Maison possède une qualité auto-générative. Le motif n’est pas un point d’arrivée à reproduire, mais un système capable d’engendrer ses propres variations.

Régénérer plutôt que renouveler

La nuance est de taille. Renouveler, c’est rompre ; régénérer, c’est laisser un langage produire de nouvelles formes à partir de ses propres règles. Dans les collections récentes, cette méthode s’est lue dans le traitement des matières plus que dans la rupture des silhouettes : le paisley et le floral migrent vers le jacquard de denim, le crochet, le daim, jusqu’à devenir des reliefs presque monochromes, lisibles à la lumière avant de l’être au premier coup d’œil. De Vincenzo ajuste la forme et la surface sans jamais les renverser. Il honore l’esprit de l’atelier en lui interdisant de se figer.

Fondée en 1968, Etro est née maison d’édition textile avant de devenir griffe de mode. Son motif paisley — le cachemire en forme de goutte — fonctionne moins comme un logo que comme un système décoratif, retravaillé saison après saison en jacquards, crochets et daims sous la direction de Marco De Vincenzo depuis 2023.

C’est en cela que la collection Resort fait sens comme laboratoire. Affranchie de la dramaturgie du défilé, elle autorise l’expérimentation sur la matière, le test d’une technique d’impression, l’essai d’un rapport de couleur que la grande collection reprendra peut-être. Le vêtement de croisière, pensé pour des climats et des usages plus libres, devient le terrain idéal de cette régénération : on y travaille la légèreté, la superposition, la déclinaison, loin de la solennité du tailleur.

Ce que protège un motif

Il y a, dans cette fidélité à un seul emblème, une forme de discipline rare. Beaucoup de Maisons changent de signe au gré des directions artistiques ; Etro, elle, demande à chaque créateur de se mesurer au même motif. La contrainte est exigeante — elle interdit la facilité de la table rase — mais elle garantit une continuité que peu de griffes peuvent revendiquer. Le paisley joue ici le rôle d’une basse continue : la mélodie change, la fondation tient.

La question que pose la prochaine collection de croisière n’est donc pas celle de la nouveauté, mais celle de la profondeur : jusqu’où un motif peut-il se régénérer avant d’avoir tout dit ? Tant que la réponse reste ouverte, l’atelier d’Etro a encore de la matière devant lui.

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