Home ModeIn Praise of Bamboo Shadows : Issey Miyake Men et le vêtement comme philosophie

In Praise of Bamboo Shadows : Issey Miyake Men et le vêtement comme philosophie

by pascal iakovou
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« Les silhouettes ondulent comme des vagues. Les lignes se superposent et se confondent. Figure et fond s’entrelacent. » Ces phrases n’appartiennent pas à un manifeste artistique. Ce sont les premières lignes du communiqué de presse de la collection Printemps-Été 2027 d’I.M Men — la branche masculine d’Issey Miyake. Mais dans ce contexte, la frontière entre le document de presse et le texte de pensée devient poreuse. C’est là, précisément, que cette maison opère depuis sa fondation.

Le titre de la collection, « In Praise of Bamboo Shadows », convoque implicitement Junichiro Tanizaki. Son essai de 1933, Éloge de l’ombre, est devenu un texte fondateur de la pensée esthétique japonaise : il y théorisait la beauté comme phénomène de lumière filtrée, de nuances, d’ambiguité — contre la brutalité de l’électricité occidentale qui, disait-il, avait chassé l’ombre des intérieurs nippons et avec elle quelque chose d’irremplaçable.

L’ombre comme matière première

I.M Men ne cite pas Tanizaki explicitement — il n’en a pas besoin. La collection parle d’elle-même. Le bambou est une plante de l’ombre : il prolifère dans les sous-bois, filtre la lumière en rayures mouvantes, dessine sur le sol des motifs qui changent à chaque instant selon le vent. Une ombre de bambou n’est jamais la même deux fois. Elle est, par nature, l’opposé de l’archétype figé.

C’est ce que les silhouettes de la collection traduisent. Les superpositions de lignes évoquent précisément ce jeu d’ombre et de lumière végétale. Figure et fond s’entrelacent : le vêtement ne délimite pas le corps, il dialogue avec lui. Il y a là une conception du vêtement masculin absolument contraire à celle qui a dominé la mode pendant des décennies — le costume comme armure sociale, la veste comme déclaration d’autorité, le col comme frontière nette entre le public et le privé.

L’héritage Miyake et la question de la transmission

Issey Miyake s’est éteint en août 2022. La question de la transmission de son héritage — comment continuer à travailler dans l’esprit d’un fondateur dont la pensée était si distincte, si profondément personnelle — est une des plus délicates que la mode japonaise ait eu à résoudre depuis la mort de Yohji Yamamoto le précédent. Les équipes créatives qui portent aujourd’hui les maisons Miyake ont choisi, plutôt que d’imiter ou de sacraliser, de continuer à poser des questions. C’est peut-être le signe le plus fidèle à l’esprit du fondateur.

« In Praise of Bamboo Shadows » est une de ces questions. Elle demande : qu’est-ce que la présence ? Qu’est-ce que l’absence ? Où commence le corps et où finit le vêtement ? Ce sont des questions très anciennes dans la philosophie et très récentes dans la mode. I.M Men les pose avec une sobriété qui tranche singulièrement avec le bruit ambiant des semaines de la mode.

Une ombre de bambou, sur le sol. Quelqu’un passe. L’ombre change. Le bambou reste. C’est peut-être ça, finalement, le luxe de demain : non pas la permanence de l’objet, mais la qualité de la trace qu’il laisse.

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