Une maison de l’appellation Cognac lance un spritz prêt à boire. Le geste paraît anecdotique ; il dit en réalité comment une région bâtie sur la patience s’accommode de la culture de l’instant.
Le prêt-à-boire frappe à la porte du Cognac
Les Domaines Francis Abécassis, producteur installé depuis vingt ans dans l’appellation Cognac, présentent une création qui détonne dans le paysage charentais : un spritz prêt à déguster, vendu en bouteille, baptisé ABK6 Orange Spritz. L’objet relève d’une tendance désignée par un sigle encore discret pour le grand public, le RTD, pour ready to drink : ces cocktails déjà assemblés que l’on sert sans préparation.
Le marché du prêt-à-boire s’est largement étoffé et connaît une montée en gamme. Qu’une maison de l’une des appellations les plus codifiées de France s’y engage n’a donc rien d’incongru sur le plan commercial. Sur le plan culturel, l’écart mérite qu’on s’y arrête.
La patience d’une région, l’instant d’un format
Le Cognac s’est construit sur le temps long : la distillation, le vieillissement en fût, la patience des chais. Tout, dans la grammaire de la région, célèbre l’attente. Le spritz prêt à boire propose l’inverse exact : l’immédiateté, la commodité, le geste supprimé. Une bouteille permet d’obtenir jusqu’à six cocktails, sans tour de main ni dosage.
C’est cette tension qui rend l’objet intéressant. Présenté comme « un spritz à la charentaise », il tente de réconcilier deux temporalités opposées : l’héritage d’une terre de lenteur et l’appétit contemporain pour ce qui se consomme sans délai. La maison ne renie pas son ancrage ; elle l’adapte au tempo de l’apéritif d’été.
| Maison : Domaines Francis Abécassis, appellation Cognac (présence de vingt ans). Création : ABK6 Orange Spritz, cocktail prêt à déguster (RTD). Rendement : une bouteille pour jusqu’à six cocktails. Positionnement : « un spritz à la charentaise », sur la tendance ready to drink. |
Un pari sur la diversification
L’enjeu, pour un producteur de l’appellation, n’est pas mince. S’ouvrir au prêt-à-boire, c’est toucher un public plus jeune, plus mobile, indifférent aux hiérarchies du spiritueux classique, sans renoncer au capital de crédibilité que confère l’origine charentaise. La région a déjà montré, avec le Pineau ou les eaux-de-vie aromatisées, sa capacité à élargir son répertoire sans diluer son nom.
Reste la question que tout objet de ce type pose : la commodité finit-elle par effacer la provenance ? Un spritz se boit vite, par définition. Saura-t-il porter, dans la mémoire de celui qui le déguste, l’idée d’un terroir, ou ne sera-t-il qu’une fraîcheur de saison de plus ? L’été apportera un début de réponse.

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