Cinq ans de Caring for Women : ce que 20 millions de dollars permettent de mesurer

by PASCAL IAKOVOU
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Le 10 septembre, à l’ouverture de la Fashion Week de New York, le dîner de la Kering Foundation a réuni plus de 5 millions de dollars pour quatre associations. Pour la première fois, le public pouvait enchérir depuis l’extérieur de la salle.

Au Seagram Building, la Fondation décrit un bassin transformé en prairie, avec rayons de miel et fleurs sauvages. Colman Domingo animait la soirée, Lydia Fenet dirigeait la vente, Rita Ora a chanté et Paris Hilton a pris les platines pour l’after-party. Le cadre est celui qu’on attend d’un gala. Ce qui a changé cette année tient au calendrier : une vente en ligne, ouverte au public du 1er au 14 septembre, avec un justaucorps signé de Simone Biles porté à l’US Classic 2021, un sac Gucci Giglio en édition limitée, une expérience Brioni au Festival de Cannes, un voyage Saint Laurent à Paris et un ensemble McQueen sur mesure lié au retour de la Maison à la Fashion Week de Londres pour l’automne-hiver 2027. La salle cesse d’être la limite du don. Le dossier ne dit pas ce que cette vente ouverte a rapporté, ni si elle a attiré des enchérisseurs que le dîner n’aurait jamais touchés.

Cette ouverture rappelle aussi ce qu’est ce dîner. Les lots de la vente en salle viennent de Gucci, Bottega Veneta, Balenciaga et Pomellato, les invités arrivaient habillés par les mêmes Maisons, avec Saint Laurent, McQueen et Brioni, et des bijoux Boucheron et Pomellato. C’est le modèle habituel du gala de bienfaisance, et il n’a rien d’illégitime. Mais le total annoncé additionne la générosité des convives et la contribution en nature des Maisons, et rien ne permet de les séparer. Pour juger ce chiffre, il faudrait connaître la part des lots offerts, le coût de la soirée et la somme nette reversée. Aucun de ces éléments n’est donné.

Ce qui est donné, c’est un cumul : plus de 20 millions de dollars en cinq ans. François-Henri Pinault, président de Kering et de la Fondation, en fait, selon l’annonce de juillet, un outil pour financer les associations et mobiliser une communauté plus large. Reste à savoir ce que ces millions ont produit, et les exemples fournis n’utilisent pas la même mesure.

En 2022, une partie des fonds est allée au National Network to End Domestic Violence, qui édite WomensLaw.org, une information juridique en langage clair, État par État. Le site a reçu 4,7 millions de visiteurs en un an, et sa ligne par courriel, tenue par des avocats en anglais et en espagnol, a aidé des milliers de personnes. En 2023, la subvention au Malala Fund a soutenu sept organisations afghanes, non nommées pour leur sécurité, qui enseignent par la radio, la télévision et le numérique, en dari et en pachto, ainsi que dans des classes tenues discrètement chez des enseignantes. La Fondation estime à deux millions le nombre de filles ayant suivi ces leçons, et à environ 4 000 celles qui ont étudié avec quelque 115 enseignantes. Ces deux chiffres ne décrivent pas la même chose : suivre une émission et fréquenter une classe sont deux formes d’accès. Quant aux quatre bénéficiaires de 2025, Sanctuary for Families, FreeFrom, le Violence Intervention Program et Equality Now, le dossier parle de « changement », de formation professionnelle à New York et de soutien juridique en Amérique latine, sans un seul chiffre. Le « plus de 3 millions » de femmes et d’enfants atteints en près de vingt ans concerne l’ensemble des partenariats de la Fondation dans six pays. Il ne mesure pas l’effet du seul dîner.

Le dîner prouve donc une chose établie : la capacité de Kering à réunir chaque année des Maisons, des personnalités et des enchérisseurs autour d’une cause, pour des sommes en hausse ou stables selon les années. L’effet sur les survivantes, lui, repose surtout sur des chiffres déclarés par la Fondation et ses partenaires, calculés selon des périmètres différents. Il se vérifiera dans les rapports des associations, bien après la soirée.



Les quatre bénéficiaires de 2026 : Activating Change (violences contre les personnes handicapées et sourdes, seule organisation américaine dédiée), Fondo Semillas (groupes de femmes au Mexique, depuis 35 ans), JBWS (ligne d’écoute, hébergement d’urgence et suivi dans les comtés de Morris et Passaic, dans le New Jersey, depuis un demi-siècle), The New York Women’s Foundation (jeunes femmes et jeunes de genre non conforme de 15 à 26 ans, dans les quartiers les moins dotés de New York).

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