L’histoire du vin européen est aussi celle des cépages oubliés.
À mesure que les marchés se sont mondialisés, quelques variétés se sont imposées comme des références universelles. Chardonnay, Sauvignon, Merlot ou Cabernet Sauvignon ont progressivement éclipsé des centaines de cépages locaux dont la survie dépend aujourd’hui de quelques territoires et de quelques vignerons.
Dans le piémont pyrénéen, le Petit Courbu appartient à cette catégorie.
La cuvée Cépages d’Auteurs de l’appellation Saint Mont lui redonne pourtant une place centrale. Traditionnellement associé au Gros Manseng afin d’apporter finesse et équilibre aux assemblages, il devient ici l’élément structurant du vin. Une décision qui relève autant du choix œnologique que d’une volonté de préservation d’un patrimoine ampélographique régional.
L’histoire du cépage est intimement liée à celle du territoire. Selon Plaimont, sa culture remonte au XIᵉ siècle, lorsque les moines bénédictins du monastère de Saint-Mont participent à l’organisation du vignoble local. Plus de neuf siècles plus tard, cette continuité demeure visible dans les collines du Gers où subsistent plusieurs variétés autochtones que d’autres régions ont perdues.
Le vignoble repose sur des argiles bigarrées profondes et fraîches, caractéristiques du piémont pyrénéen. Dans ce contexte pédoclimatique, le Petit Courbu développe une matière particulière que les vignerons décrivent comme enveloppante et presque sirupeuse lorsqu’il atteint sa pleine maturité.
La singularité de la cuvée apparaît surtout dans les choix d’élevage.
Les deux cépages sont vinifiés séparément afin d’exploiter leurs caractéristiques propres. Le Petit Courbu est élevé en demi-muid avec bâtonnage régulier pendant huit mois avant son transfert en foudre. Le Gros Manseng poursuit son évolution en cuve inox réfrigérée. Ce n’est qu’ensuite que les deux vins sont réunis pour partager huit mois supplémentaires d’élevage en foudre. Cette construction progressive permet à chaque cépage de conserver son identité avant la recherche de l’harmonie finale.

Le bâtonnage effectué tous les quinze jours pendant huit mois constitue l’un des gestes techniques les plus importants de cette cuvée. En remettant régulièrement les lies fines en suspension, les vignerons développent texture, volume et complexité aromatique, qualités particulièrement adaptées à la personnalité du Petit Courbu.
À la dégustation, le vin est décrit autour d’un registre floral, minéral et agrumé. Mais son intérêt réside surtout dans l’équilibre entre tension et volume. L’acidité du Gros Manseng dialogue avec la richesse naturelle du Petit Courbu, créant un blanc qui échappe aux catégories habituelles du Sud-Ouest français.
Au fond, cette cuvée illustre un mouvement plus large qui traverse aujourd’hui la viticulture européenne : la redécouverte des cépages autochtones. Face à l’uniformisation des goûts, certaines régions choisissent désormais de valoriser ce qui les rend irréductiblement singulières.
À Saint Mont, cette singularité porte le nom de Petit Courbu.
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