Elle est propriété de l’État français depuis 1759. Elle a habillé Versailles, les ambassades françaises, les cadeaux diplomatiques de cinq Républiques. Elle fabrique encore à la main, dans les mêmes bâtiments, avec les mêmes techniques de base. Elle n’appartient à aucun groupe.
Une manufacture d’État sans équivalent
La Manufacture nationale de Sèvres est fondée en 1740 à Vincennes, transférée à Sèvres en 1756, nationalisée par Louis XV en 1759 pour en garantir le financement et le rayonnement diplomatique. Elle n’a jamais été privatisée. Elle dépend aujourd’hui du ministère de la Culture et emploie environ cent quatre-vingts personnes, dont une centaine d’artisans spécialisés : peintres sur porcelaine, sculpteurs, modeleurs, tourneurs, enfourneurs.
Sa production annuelle est limitée — environ quatre mille pièces pour les collections créatives, sans compter les commandes institutionnelles. Ce chiffre n’est pas le reflet d’une faiblesse économique mais d’une contrainte technique délibérément maintenue. La porcelaine de Sèvres — un kaolin blanc d’une pureté exceptionnelle, mélangé à du feldspath et du quartz — requiert deux cuissons : une première à 980°C pour bisquer la pièce, une seconde à 1280°C pour vitrifier l’émail. Entre les deux, les peintres appliquent les décors.

Techniques et gamme contemporaine
La Manufacture maîtrise sept techniques de décoration distinctes : la peinture sous émail, la peinture sur émail, la dorure au pinceau à l’or fin 22 carats, le dépôt de pâte de porcelaine en relief (pâte sur pâte), la gravure, la photolithographie et les nouvelles impressions numériques intégrées depuis 2018. Ces techniques ne sont pas exclusives — elles se combinent sur une même pièce.
La collection permanente de la Manufacture comporte des pièces de la création contemporaine (collaborations avec des designers comme Ronan et Erwan Bouroullec, India Mahdavi, ou Thomas Demand pour les œuvres d’art) et des rééditions de formes historiques. Le célèbre bleu de Sèvres — bleu nouveau, teinte développée au XVIIIe siècle et toujours propriété exclusive de la Manufacture — n’est fabriqué qu’à Sèvres selon une formule non transmise à l’extérieur.
Détail — Le bleu de Sèvres
Le bleu nouveau de Sèvres est un bleu cobalt profond, légèrement saturé, dont la formule exacte reste un secret de la Manufacture. Il est obtenu par l’application d’un émail coloré avant la seconde cuisson, ce qui le vitrifies dans la masse de la porcelaine. Sa caractéristique principale : il ne s’altère pas à la lumière, contrairement à la majorité des bleus céramiques organiques. La pièce de référence est le vase de Médicis bleu, en production continue depuis 1813.
En guise de conclusion
La Manufacture de Sèvres survivra tant que l’État français considérera que produire des objets diplomatiques irremplaçables justifie un budget annuel d’environ quatorze millions d’euros — son financement public en 2023. Ce n’est pas évident. C’est un choix de civilisation. Le genre de choix que seul un État peut encore faire.


