Home Art de vivreDesignELIE SAAB Maison 2026 : habiter une scénographie au Salone del Mobile Milano

ELIE SAAB Maison 2026 : habiter une scénographie au Salone del Mobile Milano

by pascal iakovou
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À Milan, en avril, le design ne s’expose plus — il se met en scène. Avec The Milanese House – Una Notte a Milano, la ligne intérieure de la Maison ELIE SAAB propose moins une collection qu’un dispositif : une maison fictive, habitée le temps d’une nuit.

Le point de départ est précis. Une référence au Milan des années 1970, non pas comme décor nostalgique, mais comme langage cinématographique : lumières basses, textures denses, séquences fragmentées. 
L’installation se déploie pièce après pièce, comme un récit domestique. Le visiteur ne circule pas dans un showroom — il traverse une narration.

Ce choix structurel dit beaucoup de l’évolution du design contemporain. L’objet isolé perd de son sens. Ce qui compte désormais, c’est son inscription dans un ensemble.

Les pièces présentées participent de cette logique. Le canapé MASCAGNI impose une présence volumétrique par son plissé et ses proportions généreuses. Le système MANZONI, modulaire, introduit une flexibilité d’usage, mêlant cuir, textile et métal dans des configurations ouvertes. Le bureau NOBILE articule marbre et cuir dans une construction plus technique, presque architectonique.  

Chaque pièce existe, mais aucune ne s’autonomise totalement.

Au centre, le fauteuil ONDA — intégré à une série dite “Collector” — propose une lecture plus fluide : structure enveloppante, base bronze, dialogue entre assise et support. À ses côtés, le fauteuil LOBSTER, décliné dans une finition dégradée olive, travaille la continuité de la ligne plutôt que la rupture.  

Mais l’essentiel se joue ailleurs : dans la matière.

Bouclé, laine, “lana” fine — tous les textiles sont sourcés et travaillés en Italie. Les marbres, dont Lepanto Green ou Camouflage Marble, sont sélectionnés pour leur veinage spécifique. Les métaux oscillent entre tons bronze et bleu nocturne. 
Ce vocabulaire matériel ne vise pas la diversité. Il construit une cohérence tactile.

Ce travail s’inscrit dans un réseau d’artisans italiens, mobilisés pour chaque élément. Le geste n’est pas centralisé : il est distribué, mais coordonné.

La collection dépasse d’ailleurs le mobilier. Cuisines et dressings développés avec SCIC, tapis réalisés avec Sahrai, objets avec Giobagnara : l’ensemble compose un environnement complet. 
On ne parle plus de pièces, mais d’écosystème domestique.

L’installation elle-même renforce cette immersion. Une curation artistique intégrant des œuvres de Alighiero Boetti ou Christo introduit une dimension culturelle, tandis qu’un paysage sonore conçu comme une composition cinématographique guide la perception. Un parfum d’ambiance, développé avec CULTI Milano, prolonge l’expérience dans l’olfactif.  

L’ensemble forme une architecture invisible.

Derrière cette scénographie, une stratégie se dessine. ELIE SAAB Maison ne se positionne plus uniquement comme extension d’une maison de couture, mais comme acteur structuré du design intérieur. Développement produit, collaborations ciblées, cohérence formelle : les éléments d’un système scalable sont en place.  

Ce glissement du vêtement à l’espace n’est pas nouveau. Mais ici, il prend une forme particulière : celle d’une maison pensée comme expérience totale.

Habiter devient un acte de composition.

Et Milan, le temps d’une semaine, en devient le théâtre.

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