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dinh van, ou la joaillerie comme grammaire du lien

by pascal iakovou
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Il y a, chez la Maison dinh van, une manière de ramener la joaillerie à son point le plus élémentaire : un fermoir, un maillon, un fil, une ligne. À l’occasion des Fêtes des Mères et des Pères, la Maison réunit plusieurs pièces autour d’un même motif — le lien — sans en faire un symbole appuyé. Le sujet n’est pas l’événement calendaire. Il est plus précis : comment un objet joaillier peut-il dire l’attachement sans recourir à l’ornement sentimental ?  

Fondée en 1965 par Jean Dinh Van, la Maison s’est construite contre une certaine idée cérémonielle de la joaillerie française. L’objet précieux ne devait plus seulement vivre dans un écrin, mais accompagner les gestes ordinaires. Le site officiel de la Maison rappelle cette intention initiale : sublimer des objets du quotidien pour créer des bijoux portés par tous, chaque jour.   Une approche que Corinne Le Foll, directrice générale de dinh van depuis 2022, résumait dans un entretien à Europa Star comme l’idée de « sortir la joaillerie du coffre et la mettre dans la rue ».  

La collection Menottes dinh van condense cette rupture. Née en 1976 selon le dossier transmis, elle prend pour point de départ la forme ronde d’une tête de clef. Jean Dinh Van évoquait le souvenir d’une clef tournée machinalement, geste répétitif devenu forme joaillière. Le fermoir, traditionnellement relégué à l’arrière du bijou, passe au centre. Ce renversement suffit à expliquer la permanence de la ligne : non pas un motif décoratif ajouté, mais une fonction rendue visible. Le collier de perles à trois Menottes, la bague en or jaune et diamants, le bracelet moyen modèle ou l’earcuff de perles prolongent cette logique de construction autour d’un mécanisme devenu signe.

Le Maillon, lui, raconte une autre facette du vocabulaire dinh van. Le dossier situe en 1968 la naissance du premier maillon à section carrée : une silhouette rectangulaire aux angles adoucis, retravaillée à la main jusqu’à quitter son statut de simple élément d’assemblage. Ici encore, la Maison déplace le regard. Ce qui relie devient ce qui se voit. Les nouveautés Maillon Perle y ajoutent des perles d’Akoya, notamment sur une bague petit modèle, un bracelet grand modèle et un collier moyen modèle. L’ajout de la perle ne contredit pas la géométrie : il introduit une tension plus douce, presque domestique, dans une architecture volontairement nette.

La ligne Les Signes poursuit ce travail par l’abstraction. Plutôt que de représenter le zodiaque par des figures illustratives, dinh van l’écrit au fil d’or. Verseau, Cancer, Taureau ou Balance deviennent des volumes linéaires. L’intérêt se situe dans cette économie : quelques traits suffisent à rendre le signe reconnaissable, mais jamais littéral. Dans un univers joaillier souvent tenté par la narration abondante, cette retenue est presque une discipline.

Pulse et Serrure complètent cette sélection comme deux variations sur le rythme et la contrainte. Pulse associe traits ciselés, formes ajourées et diamants disposés en cadence, avec des pièces en or jaune et diamants : mono créole, bague pavée trois rangs, bracelet, pendentif ou clip d’oreille multi-rangs sur devis. Serrure revient au jonc, pensé par Jean Dinh Van comme une forme sans surcharge : un fil d’or suffisamment souple pour s’ouvrir, assez rigide pour conserver sa forme. Le fermoir discret, parfois rehaussé d’un diamant, n’est pas un détail ajouté après coup. Il est la solution technique qui donne à la pièce son usage.

Ce que cette sélection rend lisible, au-delà de la Fête des Mères ou des Pères, c’est la cohérence d’une Maison qui a toujours travaillé contre la séparation stricte des genres, des occasions et des usages. Les pièces sont présentées comme unisexes, mais le terme n’a d’intérêt que parce qu’il s’inscrit dans une grammaire plus ancienne : celle d’une joaillerie pensée pour circuler, passer d’une peau à l’autre, survivre aux catégories. En cela, dinh van ne célèbre pas seulement les liens. Elle les construit, métal après métal, dans des objets où la fonction garde mémoire du geste.

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