Home Horlogerie et JoaillerieQuand la couleur devient un problème de chimie

Quand la couleur devient un problème de chimie

by pascal iakovou
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À Watches and Wonders 2026, la Manufacture IWC Schaffhausen a présenté une version de l’Ingenieur Automatic 42 en céramique vert olive foncé. Ce n’est pas la première céramique de la maison — IWC en produit depuis 1986 — mais c’est la première fois que le design bracelet intégré hérité de Gérald Genta est réalisé entièrement dans ce matériau. La nouveauté n’est pas la teinte. C’est ce qu’il a fallu résoudre pour l’obtenir.

La céramique technique de grade horloger, à base de zirconium oxide, est blanche ou noire dans ses états naturels. Toute coloration passe par l’introduction d’oxydes métalliques supplémentaires dans la pâte crue, à des proportions définies avec précision. Le premier obstacle : ces proportions ne donnent pas la couleur finale. Lors du frittage, les pièces se rétractent d’environ un tiers et les teintes évoluent. Prévoir la couleur après cuisson — identique sur chaque composant, produit séparément — relève de la chimie des matériaux autant que de la maîtrise industrielle.


Retrait, dureté, outil diamant

Une fois frittée, la céramique zirconium oxide atteint une dureté d’environ 1 300 sur l’échelle Vickers. L’acier de coutelerie, pour comparaison, se situe autour de 600 à 800. À ce niveau de dureté, seul l’outil diamant permet l’usinage. Ce n’est pas une contrainte anecdotique : elle conditionne l’ensemble de la séquence de fabrication. Les formes finales doivent être définies avant le frittage, dans la pièce crue, en intégrant le retrait à venir. Modifier une géométrie après coup est exclu.

IWC résout cela avec une construction boîtier en plusieurs éléments distincts — boîte, lunette, anneau fond, protection de couronne — chacun fritté séparément, chacun devant afficher la même nuance après cuisson. L’assemblage final est assuré par un anneau en titane qui encercle le mouvement, maintient les vis fonctionnelles depuis le recto et le verso, et garantit l’étanchéité à 10 bars. Il n’y a pas de container de mouvement traditionnel : le boîtier céramique multi-pièces en tient lieu, sous tension titane.

Le bracelet intégré — également en céramique vert olive — est fixé au boîtier par les maillons centraux. La céramique étant moins dense que l’acier, la pièce au poignet pèse moins que son volume ne le suggère.


Un mouvement en partie céramique

Le calibre 82110, manufacture IWC, embarque lui aussi du zirconium oxide. Le système de remontage automatique Pellaton — conçu par Albert Pellaton, directeur technique de la maison dans les années 1950 — sollicite la roue automatique et les cliquets dans les deux sens de rotation du rotor. Ces pièces, soumises aux contraintes les plus élevées, sont en céramique noire. Le palier central du rotor est en céramique blanche. La réserve de marche atteint 60 heures à 28 800 alternances par heure.

La couronne est en or 5N 18 carats. Les vis de lunette en Armor Gold® — un alliage or à dureté significativement supérieure aux alliages conventionnels — répondent à la même logique que la céramique : résistance à l’usure de contact, dans la durée.


Ce que la montre dit, en creux, c’est que la couleur n’est pas une décision esthétique isolée. Elle engage une chimie, un four, des tolérances de rétraction et un ordre de fabrication qui ne peut être inversé. La prochaine question pour IWC est de savoir jusqu’où ce raisonnement peut aller — d’autres teintes, d’autres géométries — sans que le four ne devienne le vrai designer.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

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