Ce que Jaeger-LeCoultre cherche dans l’heure qui précède

by PASCAL IAKOVOU
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Une Maison horlogère qui filme non plus ses calibres mais l’attente qui précède la scène : voilà ce que raconte le lancement de The Hour Before. Jaeger-LeCoultre y invite ses ambassadeurs à revenir sur la minute où rien n’était encore acquis. Un pari sur l’invisible, au moment où le luxe peine à faire encore rêver avec la seule image du produit fini.

La série, trimestrielle, choisit ses sujets parmi les Amis et ambassadeurs de la Manufacture — artistes, sportifs, acteurs — pour les filmer dans des décors qui évoquent leur discipline, à revenir sur le tournant qu’ils ne montrent habituellement à personne. Lenny Kravitz, ambassadeur global de la Maison depuis plusieurs années, en est l’une des premières figures.

Un ambassadeur qui n’a jamais eu besoin d’un seul métier

Ce qui rend le choix cohérent tient moins à la notoriété du musicien qu’à la structure de sa carrière. Quatre Grammy Awards, douze albums vendus à cinquante millions d’exemplaires, une étoile obtenue en 2024 sur le Hollywood Walk of Fame : les jalons sont ceux d’un artiste installé. Mais Kravitz a construit, en parallèle, un cabinet de design, Kravitz Design Inc., qui a signé des hôtels, des résidences privées et des collaborations avec Rolex, Leica et Dom Pérignon — autant de Maisons dont l’exigence artisanale recoupe celle que Jaeger-LeCoultre revendique pour elle-même. En 2022, il a lancé Nocheluna Sotol, un spiritueux issu de la plante sotol de Chihuahua. Il est l’auteur d’un livre de photographie, Flash, et d’un mémoire, Let Love Rule, best-seller du New York Times. Il tourne aussi : le rôle de Cinna dans les deux premiers volets de Hunger Games, une apparition dans Precious et dans The Butler.

Cette accumulation n’est pas une liste de récompenses à citer en légende. Elle dessine un profil précis : celui d’un ambassadeur dont la valeur, pour une Manufacture, ne tient plus à son visage mais à la preuve répétée qu’il sait recommencer, discipline après discipline. C’est cette logique de recommencement — plus que la notoriété elle-même — que The Hour Before cherche à filmer.

Une année choisie, pas subie

Le calendrier ajoute à la démonstration. Kravitz sort Blue Electric Light le vingt-quatre mai deux mille vingt-quatre, prolonge sa résidence du Park MGM à Las Vegas jusqu’en août deux mille vingt-cinq et enchaîne, cette même année, les têtes d’affiche à New Orleans Jazz Fest, Shaky Knees et Evolution Festival — trois scènes aux publics et aux racines musicales distinctes. En deux mille vingt-trois déjà, Road To Freedom, écrit pour le film Netflix Rustin, lui vaut une nomination aux Golden Globes ; l’année suivante, le MTV Video Music Award du meilleur rock et le titre de Fashion Icon décerné par le CFDA confirment qu’il traverse aussi bien la scène musicale que celle du style. Il est, au même moment, ambassadeur pour YSL Beauty. Ce n’est donc pas un artiste convoqué pour un coup de communication isolé, mais un homme dont deux mille vingt-cinq marque un point haut mesurable — ce qui donne un sens concret à l’idée de filmer, rétrospectivement, l’heure qui a précédé.

Le récit remplace la fiche technique

Le geste n’est pas isolé. Depuis plusieurs saisons, les Maisons horlogères délaissent le plan produit pur pour des formats qui mettent en scène le travail plutôt que l’objet fini — une manière de répondre à un public qui se méfie de la promesse et qui exige, à la place, une démonstration. Jaeger-LeCoultre, qui se présente comme l’Horloger des Horlogers depuis son implantation dans la Vallée de Joux en mille huit cent trente-trois, dispose d’un argument rare pour ce virage : sa propre histoire est déjà celle d’un travail invisible, mené dans un atelier fermé au public, dont le résultat ne se voit qu’au poignet.

En choisissant de filmer la préparation plutôt que la performance, la Manufacture ne vend donc pas seulement ses ambassadeurs — elle prolonge, hors de l’atelier, l’argument qu’elle tient depuis près de deux siècles à l’intérieur : que l’excellence se fabrique dans la durée et hors regard, avant de se montrer.

Détail

Fondée dans la Vallée de Joux en mille huit cent trente-trois, la Manufacture Jaeger-LeCoultre revendique plus de mille quatre cents calibres différents et plus de quatre cent trente brevets déposés depuis sa création, produits par cent quatre-vingts métiers réunis sous un même toit.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

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