Chez Bvlgari, le métal n’est jamais seulement une matière. Il devient ligne, tension, parfois même déclaration. Avec le retour de l’alliance or et acier, la Maison romaine réactive l’un de ses gestes les plus lisibles : faire dialoguer deux registres longtemps séparés, la préciosité de l’or et la résistance industrielle de l’acier, dans une même architecture portée.
Le lancement réunit plusieurs familles de pièces : deux bagues B.zero1, en versions deux et quatre tours, une parure Bvlgari Tubogas composée d’un collier et d’un bracelet, trois colliers de haute joaillerie, ainsi qu’une capsule horlogère Serpenti Tubogas Studs limitée à quatre pièces. Toutes reprennent le même principe : l’acier structure, l’or jaune souligne, le bijou trouve son rythme dans le contraste.
Ce retour n’est pas anecdotique. Depuis les années 1970, l’acier occupe chez Bvlgari une place singulière, à rebours d’une joaillerie longtemps centrée sur les métaux précieux classiques. Le communiqué rappelle que la Maison avait déjà prolongé cette logique d’expérimentation dans les années 1990 avec Chandra, en or et porcelaine, puis dans les années 2010 avec B.zero1 en or et céramique. L’intérêt n’est donc pas seulement esthétique : il tient à une manière romaine de déplacer les frontières du précieux, moins par rupture que par hybridation.
Dans les nouvelles bagues B.zero1, l’acier donne à la spirale une lecture plus architecturale. La collection, lancée en 1999 selon les éléments fournis par Bvlgari, est ici déclinée en deux et quatre tours, avec une structure en acier bordée d’or jaune. Le dessin reste fidèle à la logique circulaire du modèle : une forme compacte, construite autour du mouvement, dont les proportions évoquent autant la colonne antique que le bijou urbain. L’acier allège la pièce visuellement et physiquement ; l’or vient encadrer la spirale et rappeler que la tension entre matière fonctionnelle et métal noble demeure le sujet.
Le Tubogas pousse cette idée plus loin. Inspirée de tubes sans soudure conçus pour transporter des gaz, cette technique est devenue chez Bvlgari un langage joaillier à part entière. La Maison rappelle que ses spirales métalliques reposent sur une construction fluide, sans fin apparente, ici ponctuée de clous en or jaune. L’effet n’est pas celui d’un décor ajouté, mais d’un relief posé sur une surface continue. Sur les visuels du dossier, le bracelet et le collier prennent presque l’allure d’un ruban mécanique, discipliné par une cadence régulière, puis interrompu par ces points d’or qui captent la lumière.
L’histoire donne à ce choix une épaisseur supplémentaire. Bvlgari indique que les premières Serpenti bracelet-montres apparaissent en 1948 avec un bracelet spiralé réalisé selon la technique Tubogas ; la Maison précise également que, dans les années 1970, cette technique donne aux montres serpent une allure plus graphique et contemporaine. Le retour de l’or et acier ne relève donc pas d’un simple effet rétro : il relie trois temporalités, celle de l’industrie, celle de l’ornement et celle du corps.
La capsule Serpenti Tubogas Studs synthétise cette généalogie. Limitée à quatre pièces, elle reprend la silhouette serpentine avec bracelet Tubogas souple, clous en or, diamants, cadrans en pierres de couleur et nacre. Le serpent, motif ancien, est ramené vers une lecture presque technique : un corps métallique, articulé, qui épouse le poignet sans perdre sa puissance graphique. Dans cette version, la joaillerie ne s’oppose pas à l’horlogerie ; elle lui donne une peau.
Les trois colliers de haute joaillerie prolongent l’exercice sur un territoire plus démonstratif. Le dossier les présente comme un hommage à l’héritage Gold and Steel de la Maison. Là encore, l’enjeu le plus intéressant n’est pas la rareté annoncée, mais la manière dont Bvlgari assume l’acier comme matériau de composition dans un registre où l’on attendrait plus volontiers platine, or blanc ou pavage intégral. Le geste est cohérent avec l’histoire de la Maison : Rome n’a jamais traité la préciosité comme une question de conformité. Elle l’a souvent abordée par la couleur, le volume, l’assemblage et une certaine liberté face aux conventions joaillières françaises.
Les nouvelles créations seront disponibles à partir d’avril 2026 sur Bulgari.com et dans une sélection de boutiques Bvlgari dans le monde. Ce calendrier inscrit ce retour dans une séquence plus large : celle d’une joaillerie contemporaine qui cherche moins à opposer héritage et modernité qu’à réactiver ses propres inventions techniques. Chez Bvlgari, l’or et l’acier ne racontent pas seulement une alliance de matières. Ils rappellent qu’un bijou peut être précieux sans être docile.


















