Chez Roger Dubuis, la démesure n’est jamais très loin. Elle prend parfois la forme d’un squelette mécanique, d’un boîtier taillé comme une armature, ou d’un tourbillon placé là où l’on attendrait simplement des aiguilles. Avec Excalibur Moonlight, la Maison Roger Dubuis choisit une autre voie : non pas ajouter une complication céleste au cadran, mais organiser toute la pièce autour d’un ciel miniature.
Cette montre accompagne la révélation publique de Rarities, programme dédié aux pièces uniques et aux créations sur mesure. L’atelier, installé au troisième étage de la Manufacture, réunit artisans horlogers, ingénieurs et designers autour d’un principe simple : faire entrer le collectionneur dans le processus de création, depuis les matériaux jusqu’aux métiers d’art. Le sujet n’est donc pas seulement une nouvelle Excalibur, mais une manière de replacer le sur-mesure horloger dans une logique de conversation entre désir privé et architecture mécanique.
Le cœur de l’Excalibur Moonlight est le calibre RD115, certifié Poinçon de Genève. Roger Dubuis, fondée en 1995, revendique depuis ses débuts une position à part dans la haute horlogerie genevoise, entre construction expressive et mouvements manufacturés. Le Poinçon de Genève, lui, reste une certification liée à l’origine, à l’assemblage, au réglage et à la finition dans le canton de Genève ; Roger Dubuis rappelle que cette exigence concerne notamment l’assemblage, l’emboîtage et le réglage du mouvement sur son propre site officiel.
La pièce se présente dans un boîtier de 45 mm en titane traité DLC noir. À l’intérieur, le calibre RD115-4 fonctionne à 3 Hz, dispose d’une réserve de marche de 72 heures, compte 277 composants et 29 rubis, selon la fiche technique fournie. L’épaisseur du mouvement atteint 12,20 mm ; celle du boîtier, 15,20 mm. L’étanchéité est annoncée à 5 BAR, soit 50 mètres.
La particularité de cette architecture tient au tourbillon central. En plaçant l’organe réglant au centre du mouvement, Roger Dubuis supprime l’espace traditionnellement réservé aux aiguilles. Les heures et les minutes sont donc affichées par deux disques rotatifs montés autour du tourbillon. Cette construction a conduit à deux dépôts de brevet : le premier concerne un rouage planétaire à différentiel, conçu pour préserver l’énergie entre le barillet et la cage du tourbillon ; le second porte sur le mécanisme de mise à l’heure, avec un système de débrayage par clip commandé par poussoir, permettant de libérer puis de reconnecter les disques d’affichage.
Le cadran se lit comme une coupe stratigraphique. Au premier niveau, un rehaut en laiton traité CVD bleu reçoit des index rhodiés appliqués, remplis de Super-LumiNova® noir. Au deuxième niveau, le disque des heures est réalisé en verre translucide bleuté de type Murano et porte les douze constellations du zodiaque, leurs noms étant peints en matière luminescente. Au troisième, le disque des minutes reprend la même matière et accueille des motifs astraux, dont une représentation luminescente des phases de lune. Enfin, au centre, une applique gravée reproduisant la texture du sol lunaire est positionnée sur la cage du tourbillon une minute, qui tourne au rythme des secondes.
Le dos prolonge cette mise en scène, mais avec une logique plus intime. La glace saphir translucide est gravée au laser d’une multitude de points inspirés de la Voie lactée. Chaque cavité est remplie à la main de matière luminescente. Sur le couvercle de barillet, les constellations peuvent être positionnées selon des paramètres calendaires propres au propriétaire, par exemple le ciel de sa date de naissance. Ici, le sur-mesure ne consiste pas à choisir une couleur ; il consiste à faire entrer une cartographie personnelle dans le mouvement.
Cette approche rejoint une tension ancienne de l’horlogerie : mesurer le temps tout en le reliant à une vision du ciel. Les phases de lune, les calendriers perpétuels, les cartes célestes et les équations du temps ont toujours rappelé que la montre n’est pas seulement un instrument de ponctualité. Elle est aussi une tentative de miniaturiser un ordre cosmique. L’Excalibur Moonlight ne cherche pas la sobriété classique de l’observatoire ; elle assume une dramaturgie nocturne, presque scénographique, mais l’intérêt de la pièce se trouve dans la cohérence entre affichage, mouvement et décor.
La finition du calibre reste un autre point de lecture. Le dossier annonce dix-neuf terminaisons différentes sur les composants visibles et invisibles : perlage de la platine, étirage et anglage des ponts, Côtes de Genève circulaires, grainage des roues, poli satiné du cercle d’emboîtage, colimaçonnage du tambour de barillet. Cette accumulation pourrait vite devenir démonstrative ; elle prend davantage de sens replacée dans l’exigence du Poinçon de Genève, certification qui demeure attachée à une idée précise du mouvement genevois, de son origine et de son exécution.
Excalibur Moonlight est portée sur un bracelet en cuir de veau bleu nuit, interchangeable, avec boucle déployante à trois lames en titane traité DLC noir. Le choix du bleu, du noir, du verre translucide et de la luminescence verte installe la pièce dans une nuit construite plutôt que romantique. Le ciel y devient dispositif. La lune, texture. Le zodiaque, indication périphérique. Et le tourbillon, au centre, cesse d’être une complication observée par quelques initiés pour devenir l’axe physique autour duquel tourne toute la lecture.
Dans une industrie où le sur-mesure sert souvent à renforcer l’exclusivité sociale, Roger Dubuis l’utilise ici comme un laboratoire de langage horloger. La pièce unique n’est pas seulement rare parce qu’elle n’existe qu’en un exemplaire. Elle l’est parce que son mécanisme impose une autre manière de lire l’heure : non plus sur une surface, mais dans une profondeur.






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