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Le marché de l’art retrouve la croissance, mais pas l’insouciance

by pascal iakovou
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Le marché de l’art n’a pas retrouvé l’euphorie. Il a retrouvé un mouvement. Selon The Art Basel and UBS Global Art Market Report 2026, les ventes mondiales ont progressé de 4 % en 2025 pour atteindre 59,6 milliards de dollars, après deux années de recul. Le chiffre dit moins une reprise spectaculaire qu’un réajustement : le marché avance de nouveau, mais dans un environnement plus contraint, plus coûteux, plus attentif à la qualité des œuvres et à la solidité des acheteurs.  

Le rapport, rédigé par Dr Clare McAndrew, fondatrice d’Arts Economics, situe cette progression dans un contexte économique où la géopolitique, les droits de douane, les coûts opérationnels et la fragmentation des échanges pèsent encore sur les acteurs du secteur. L’art reste un marché international par nature ; or sa circulation dépend de la confiance, de la fluidité logistique et de la capacité des collectionneurs à acheter au-delà de leurs frontières. C’est précisément ce point que le rapport identifie comme l’une des fragilités de 2026.  

Dans le détail, la reprise vient d’abord des enchères publiques. Elles progressent de 9 % pour atteindre 20,7 milliards de dollars, soutenues par un regain d’activité au second semestre et par plusieurs ventes de haut niveau. Le segment supérieur a joué son rôle d’aimant : les œuvres vendues plus d’un million de dollars ont augmenté de 21 % en valeur, tandis que les lots dépassant 10 millions de dollars ont progressé de 30 %. À l’autre extrémité, les ventes inférieures à 50 000 dollars reculent légèrement, en valeur comme en volume. Le marché ne repart donc pas partout ; il se concentre.  

Les marchands, eux, progressent plus lentement. Le secteur atteint 34,8 milliards de dollars, en hausse de 2 %. Cette croissance modérée masque une tension plus profonde : les coûts d’exploitation ont augmenté d’environ 5 % en moyenne, soit davantage que les ventes agrégées. Autrement dit, vendre plus ne signifie pas nécessairement gagner mieux. Le rapport note toutefois une stabilisation partielle des marges, avec moins de marchands déclarant une baisse de rentabilité qu’en 2024.  

Les foires retrouvent, elles aussi, une place structurante. Elles représentent 35 % du chiffre d’affaires des marchands, leur niveau le plus élevé depuis 2022. Ce retour du physique n’est pas seulement une question de calendrier ou de sociabilité. Il traduit un besoin de regard direct, de confiance, de conversation et de vérification matérielle. Dans un marché où les achats en ligne reculent à 9,2 milliards de dollars — leur plus bas niveau depuis 2019 — l’œuvre semble reprendre son avantage sur l’image de l’œuvre.  

Les États-Unis demeurent le centre de gravité du marché, avec 44 % des ventes mondiales et 26 milliards de dollars en 2025. Le Royaume-Uni reste deuxième avec 18 % des ventes, devant la Chine à 14 %. La France, quatrième marché mondial et premier marché de l’Union européenne, porte sa part à 8 %, avec 4,5 milliards de dollars de ventes, soit une progression de 9 % après deux années de recul. Cette donnée mérite attention : Paris ne remplace pas New York, mais consolide sa fonction de place européenne crédible, portée par les enchères, les galeries et l’attractivité culturelle de la capitale.  

Cette dynamique française s’inscrit dans un paysage européen contrasté. La Suisse et l’Autriche progressent chacune de 13 %, l’Espagne de 6 %, tandis que l’Allemagne recule de 10 % et l’Italie de 2 %. L’Union européenne dans son ensemble atteint 8,4 milliards de dollars, en hausse de 3 %. L’Europe n’avance donc pas comme un bloc homogène ; elle fonctionne par pôles, selon les régimes fiscaux, la densité des foires, la profondeur des réseaux de collectionneurs et la capacité des villes à incarner une scène.  

Le rapport souligne aussi une transformation moins visible mais plus durable : celle des profils de collectionneurs. Paul Donovan, Chief Economist d’UBS Global Wealth Management, rappelle que le marché se prépare à la « Great Wealth Transfer », avec plus de 83 000 milliards de dollars appelés à changer de mains dans les prochaines décennies. Ce transfert ne concerne pas seulement les patrimoines ; il déplace les motivations, les sensibilités et les formes d’engagement. Plus de femmes, plus de jeunes collectionneurs, plus de philanthropie, mais aussi une attente accrue de transparence et de cohérence.  

Le rôle des artistes femmes confirme ce mouvement, sans l’achever. Leur représentation atteint 50 % dans les galeries du premier marché et 45 % chez l’ensemble des marchands, contre 41 % en 2024 et 35 % en 2018. En valeur, leurs œuvres représentent 37 % des ventes, contre 28 % en 2018. Mais les écarts persistent : plus les galeries montent en chiffre d’affaires, plus la part des femmes recule, tant dans les artistes représentés que dans les ventes. Le marché corrige, mais lentement.  

L’optimisme pour 2026 existe, mais il reste mesuré. Quarante-trois pour cent des marchands anticipent une amélioration de leurs ventes, 38 % une stabilité et 19 % un recul. Dans les maisons de ventes de taille intermédiaire, près de la moitié des acteurs interrogés attendent également une amélioration. Ce n’est pas un retour à l’abondance ; plutôt une confiance prudente, fondée sur des acheteurs plus sélectifs, des œuvres mieux choisies et une discipline nouvelle dans la manière de vendre.  

Ce que révèle ce rapport, au fond, dépasse la seule économie de l’art. Le marché revient à une forme de gravité. Moins d’achats impulsifs, moins de foi dans la croissance automatique, moins de dépendance au tout-digital. La valeur se reconstruit autour de la rareté, de la provenance, de la relation et du temps. Pour le luxe comme pour l’art, c’est peut-être la leçon la plus utile de 2025 : le désir n’a pas disparu. Il est devenu plus exigeant.

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