Le grand magasin n’est plus seulement un point de vente. En dédiant un espace aux maisons de parfumerie indépendante pour la saison Printemps-Été 2026, le Printemps opère une sélection qui dit quelque chose sur l’état du marché — et sur ce que les esthètes cherchent désormais dans un flacon.
Trente-sept créations, une quarantaine de maisons, une prémisse commune : aucune d’entre elles n’appartient aux grands groupes de luxe. Première Peau, Abel, Bontemps, Liquides Imaginaires, Akro, Ormaie — ces ateliers partagent une approche de la formulation que l’on pourrait qualifier de positionnée : chaque flacon porte une intention olfactive lisible, souvent une matière première centrale, parfois un territoire géographique ou une heure du jour.
Abel travaille depuis Amsterdam avec des formules certifiées naturelles à 100 %. Coat Check (100 ml, 180 €) et Laundry Day (80 ml, 180 €) illustrent cette démarche : des noms qui évoquent le quotidien, une transparence revendiquée sur les ingrédients. Première Peau, de son côté, pousse la concentration jusqu’à l’extrême avec ses flacons à 360 € les 95 ml — Similimirage, Gravitascapitale, Rosemonotone — des eaux de parfum dont les noms fonctionnent comme des programmes sensoriels plutôt que des promesses poétiques.
Détail technique
Première Peau utilise un format de flacon atypique — sphères empilées, pipette de verre — qui distingue immédiatement la pièce dans un linéaire. Ce packaging, conçu sans étiquette imprimée (le nom est gravé), reflète une logique de permanence plutôt que de saisonnalité. Un choix de production qui a un coût et une intention.
Akro, maison française fondée sur la transgression des codes de la parfumerie classique, présente trois créations : East (EDP, 100 ml, 220 €), Awake (160 €) et Crush en extrait de parfum (190 €). La progression de concentration — eau de parfum, extrait — suit une logique de collection davantage que de gamme. Bontemps (Paris) joue, quant à elle, sur la miniaturisation : Le Grand Saut et Amoureux du Temps en 50 ml à 115 €, une entrée dans l’univers de la maison sans engagement de volume.
Ce que la Scent Room du Printemps révèle, c’est moins une tendance olfactive qu’un mouvement de fond dans la distribution sélective : le grand magasin reprend une fonction de prescription que les plateformes d’e-commerce n’ont pas su assumer. Choisir Ormaie (Extrait 32, 242 €) ou Brume Orpin de la maison Brume Orpin — deux positionnements aux antipodes du mass-market — c’est parier sur un esthète qui connaît déjà les maisons canoniques et cherche ce que les rayons habituels ne lui proposent plus.
La parfumerie indépendante n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est qu’elle entre désormais dans les mètres carrés les plus chers de Paris.







































































