L’encre d’un calamaio à l’aube. La laine brute dans une manufacture piémontaise. L’essence d’une Lancia Aurelia au démarrage dans un garage de Trivero. Ce que Zegna demande à trois parfumeurs en 2026, c’est de rendre olfactivement lisible une vie — celle d’Ermenegildo Zegna, qui commence à construire en 1910 et ne s’arrête pas.
MEMORIE est une séquence, pas une collection. Six volumes ordonnés : du bureau à l’aube jusqu’au soir en famille, en passant par la manufacture, la forêt après la pluie, la route en montagne. Dominique Ropion signe les volumes I et V — l’encrier, la Panoramica. Fabrice Pellegrin prend les volumes II, IV et VI — la laine, le sous-bois, la soirée piémontaise. Quentin Bisch, seul sur le volume III, signe le départ. La répartition n’est pas expliquée dans les documents. Ropion sur les moments de vision, Pellegrin sur les espaces de matière et de transmission, Bisch sur le mouvement — c’est une lecture, pas une certitude.
Les notes parlent d’elles-mêmes. Il Calamaio associe un Accord Encre à une Rose Absolue de Turquie et un Accord Oud. A Trivero ouvre sur la lavande et la Rose de Damas avant de se refermer sur la myrrhe — le seul volume à sentir la route. Saga del Piemonte ferme la séquence avec un Accord Café, du Ratafia (le digestif piémontais à base de cerises) et du Cèdre de Virginie. La mémoire comme quelque chose qu’on boit, en fin de soirée.
Le flacon est rechargeable. Bouchon en frêne, armoiries familiales gravées, dégradé de finition propre à chaque volume. Ce détail — la rechargeabilité — n’est pas rhétorique. Il dit que l’objet est fait pour rester, pas pour être remplacé par la saison suivante.
Le film tourné à Casa Zegna par Boramy Viguier, écrit par Roman Coppola avec Mads Mikkelsen, introduit une voiture miniature comme fil entre les six chapitres. Un jouet d’enfance pour traverser une archive d’adulte : c’est le seul moment où la collection se permet quelque chose d’un peu étrange.
Lancer six parfums séquencés comme les tomes d’un livre, signés de parfumeurs dont les noms précèdent chaque volume comme ceux d’un compositeur, c’est s’adresser à quelqu’un qui lit les génériques. La route 232 traverse vraiment l’Oasi Zegna. La Lancia Aurelia d’Ermenegildo Zegna a vraiment existé. Ces détails ne sont pas là pour faire couleur locale.































