Home Horlogerie et JoaillerieLVDB-03 Louis Varius : quand la Sympathique redevient un instrument

LVDB-03 Louis Varius : quand la Sympathique redevient un instrument

by pascal iakovou
0 comments

Avec le projet LVDB-03 Louis Varius, Louis Vuitton et De Bethune ne signent pas une collaboration de plus, mais une tentative rare : réactiver une invention du XVIIIe siècle comme outil fonctionnel, et non comme relique décorative.

Le point de départ n’est pas une montre, mais un principe : celui de la pendule sympathique, imaginée en mille sept cent quatre-vingt-quinze par Abraham-Louis Breguet pour résoudre un problème concret de chronométrie. Synchroniser une montre portable avec une pendule plus stable, la remonter et la remettre à l’heure sans intervention humaine. Une idée radicale, née bien avant la standardisation industrielle du temps.

Deux siècles plus tard, ce principe est repris non comme citation historique, mais comme champ d’expérimentation. Le projet LVDB-03 Louis Varius associe une montre GMT et une pendule monumentale dans un système mécaniquement interdépendant. Lorsque la montre est placée sur la pendule, elle est remontée et recalibrée automatiquement ; toutes les deux heures, son affichage se réaligne sur celui de l’horloge maîtresse. Le tout sans retirer le bracelet, ni déclencher de procédure préalable.

La montre LVDB-03 GMT Louis Varius adopte le boîtier Tambour Taiko, ici réalisé en titane poli puis bleui par oxydation thermique, un procédé maîtrisé par De Bethune. Les cornes et la couronne sont en platine, polies à la main, créant un contraste structurel avec le bleu profond du boîtier. Le diamètre — quarante-cinq millimètres — et l’épaisseur assumée traduisent une architecture pensée pour la lisibilité et la stabilité, non pour la discrétion.

Le calibre DB2507LV, manufacturé à Sainte-Croix, repose sur un double barillet autorégulateur offrant cinq jours de réserve de marche. Balancier en titane bleui avec inserts en or blanc, spiral à courbe terminale plate, roue d’échappement en silicium et système triple pare-chute composent un ensemble conçu pour résister aux contraintes du voyage. Les fonctions — heures, minutes, GMT, date sautante, indication jour/nuit et fonction sympathique — répondent à un usage réel, loin d’une complication démonstrative.

Le cadran articule deux langages. Celui de Louis Vuitton, lisible dans les chiffres Tambour et la construction circulaire, et celui de De Bethune, identifiable dans la représentation céleste. La Voie lactée est obtenue par l’insertion manuelle de goupilles en or blanc dans un disque de titane bleui, complétée par l’application de feuilles d’or vingt-quatre carats. La constellation forme discrètement les lettres « LV », non comme signature frontale, mais comme intégration graphique.

La pendule LVDB-03 Sympathique Louis Varius pousse cette logique plus loin. Son mouvement de sept cent soixante-trois composants, à double barillet et remontoir d’égalité, offre onze jours de réserve de marche. La base en titane est décorée d’une marqueterie de météorite polie et bleuie à la flamme, tandis que l’ensemble est monté sur un gyroscope rappelant les chronomètres de marine. Le temps n’y est pas figé : il s’oriente, s’incline, se lit selon l’angle choisi.

Autour du mécanisme, trois anneaux gravés en or rose cinq N accueillent des paysages imaginés par François Schuiten et gravés à la main par la maître graveuse Michèle Rothen. Près d’un mètre de surface a été sculpté au burin, ligne par ligne. Ces scènes — trains, montgolfières, ascensions — ne racontent pas une destination, mais une idée du voyage : circulaire, non linéaire.

La supervision finale de chaque ensemble est assurée personnellement par Denis Flageollet. Deux ensembles complets pendule-montre sont produits, accompagnés de dix montres supplémentaires. L’échelle volontairement réduite n’est pas un argument de rareté, mais une conséquence directe de la complexité du système et du temps nécessaire à sa mise au point.

LVDB-03 Louis Varius n’est pas un hommage. C’est une mise à l’épreuve : celle d’un principe ancien confronté aux exigences contemporaines du voyage, de la précision et de l’usage. Une pièce qui rappelle que l’innovation horlogère ne consiste pas toujours à ajouter, mais parfois à reconnecter.

Related Articles