Il existe des mouvements qui dépassent leur fonction mécanique pour devenir des objets de mémoire. Le Calibre 135 appartient à cette catégorie. Né au milieu du XXe siècle pour les concours de chronométrie, il demeure aujourd’hui l’un des symboles les plus éloquents de la quête de précision menée par la Manufacture Zenith.
La nouvelle G.F.J. Calibre 135 Double Signed with Naoya Hida & Co. ne cherche pourtant pas à célébrer cette histoire par la nostalgie. Elle propose plutôt une conversation entre deux visions de l’horlogerie séparées par plusieurs milliers de kilomètres mais réunies par une même exigence du détail.
Le projet inaugure le programme « Double Signed » de Zenith, initiative destinée à inviter des horlogers indépendants à réinterpréter la collection G.F.J., baptisée en hommage à Georges Favre-Jacot, fondateur de la Manufacture. Pour cette première édition, le choix s’est porté sur Naoya Hida, dont les créations puisent dans les codes esthétiques des années 1930 à 1960 tout en étant réalisées avec les moyens techniques contemporains.
Le résultat prend la forme d’une pièce en platine de 39 mm produite à seulement dix exemplaires. Mais l’intérêt de l’objet se situe moins dans sa rareté que dans l’attention portée à sa surface. Le cadran en argent massif est entièrement gravé à la main par le Maître graveur Keisuke Kano. Les inscriptions sont ensuite remplies de laque Urushi bleue, technique japonaise dont chaque couche est appliquée puis polie manuellement. Cette intervention artisanale transforme le cadran en territoire de rencontre entre la tradition suisse du garde-temps de précision et les arts décoratifs japonais.
Au verso, le Calibre 135 conserve les attributs qui ont bâti sa réputation. Le mouvement à remontage manuel bat à 2,5 Hz, dispose d’un grand balancier à inertie variable, d’un spiral Breguet et de la raquette à double flèche développée par Charles Fleck. Sa réserve de marche atteint désormais 72 heures et sa précision annoncée est de plus ou moins deux secondes par jour, validée par une certification COSC.
Détail
Le dialogue culturel se poursuit jusque dans les bracelets livrés avec la pièce. Le premier utilise le cuir Himeji Kurozan, travaillé avec des couches successives de laque Urushi. Le deuxième est réalisé en cuir Wagyu par les artisans de Kyoto Leather. Le troisième adopte un denim japonais non extensible provenant de Kaihara Denim, manufacture implantée à Fukuyama, dans la région d’Hiroshima.
La citation la plus révélatrice du dossier n’émane pas d’un dirigeant mais de Naoya Hida lui-même. Il explique que le Calibre 135 le fascine depuis les années 1990 et que son intention consistait à retranscrire « l’atmosphère et l’esprit de l’époque du Calibre 135 » à travers une approche contemporaine et volontairement sobre.
C’est probablement là que réside l’intérêt de cette pièce. Non dans l’exercice désormais classique de la collaboration horlogère, mais dans la démonstration qu’un patrimoine technique n’est jamais figé. Le Calibre 135 fut conçu pour mesurer le temps avec davantage de précision. Sept décennies plus tard, il sert aussi à mesurer la distance parcourue par l’horlogerie elle-même : d’une culture de compétition chronométrique à un dialogue mondial entre artisans, ateliers et sensibilités.
































Cette publication est également disponible en :
