Rue de la Gaîté, l’hôtel reprend le rythme du théâtre

by PASCAL IAKOVOU
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Le Magnifique aurait pu se contenter d’un décor signé Vincent Darré. L’adresse du quatorzième arrondissement va plus loin : elle transforme l’histoire théâtrale de la rue de la Gaîté en usage hôtelier, jusque dans le fonctionnement de son bar, synchronisé avec les entractes des salles voisines.

Installé au 20 bis rue de la Gaîté, Le Magnifique compte soixante-deux chambres. Le projet naît en 2024 à l’initiative de Jacques Blanc, déjà propriétaire notamment du Bellechasse, hôtel habillé par Christian Lacroix. Pour cette nouvelle adresse, il confie l’univers intérieur à Vincent Darré, né lui-même dans le quatorzième arrondissement et attaché à la rive gauche.

Le choix du site donne au projet une matière particulière. L’emplacement accueillait autrefois le théâtre des Mille Colonnes, construit au début du dix-neuvième siècle, dont la façade conserve encore la mémoire. Dans le hall, des colonnes peintes à la main font écho à La Coupole et à l’ancien drugstore de Saint-Germain-des-Prés. Une grande fresque, également peinte à la main par des artisans, convoque le cirque et les arts du spectacle, tandis que des oiseaux de plâtre blancs semblent prolonger la scène au-dessus de la réception.

Les rampes d’escalier évoquent des partitions musicales. Un ascenseur de verre dessert cinq étages organisés autour de cinq univers distincts, du Jardin d’Éden à la mythologie, des abysses à l’Art nouveau et à la voie lactée. Chaque chambre possède ses propres pièces dessinées par Vincent Darré : mobilier, toiles tendues, luminaires, faïences et moquettes.

Au centre du dispositif, le bar Le Picabia est sans doute l’élément le plus convaincant. Tout en boiserie, éclairé par des ampoules apparentes et équipé d’un piano à queue, il porte le nom de Francis Picabia. Il suit le rythme des théâtres environnants : horaires affichés, cloche signalant ouvertures des salles et fins d’entracte.

La piscine, ajoutée au projet à l’initiative de Darré, poursuit la même logique de mise en scène. Des mosaïques mythologiques se reflètent dans l’eau, entourée de colonnes et ouverte sur un patio aux références méditerranéennes.

Cette localisation donne au projet sa portée culturelle. Le Magnifique dispose d’un matériau tangible : un ancien site théâtral, une rue encore structurée par les scènes voisines et un décorateur dont l’histoire personnelle appartient à la rive gauche. Son défi sera de préserver cette porosité avec le quartier une fois passée la nouveauté de l’ouverture.

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