Le 8 septembre, la doyenne des tables parisiennes troque, le temps d’une soirée, sa réputation gastronomique pour une identité plus rare : celle d’un instrument à plusieurs étages, où quatre solistes de l’Opéra de Paris feront résonner Mozart, Bach et Piazzolla entre le Bar des Maillets et la terrasse dominant la Seine.
On associe presque toujours la Tour d’Argent à sa cave, à son canard au sang ou à la vue sur Notre-Dame que ses larges baies vitrées offrent depuis 1582. On oublie plus volontiers qu’un établissement centenaire de cette envergure peut aussi se penser comme un volume sonore, un empilement d’espaces dont chacun appelle une acoustique et une émotion différentes. C’est ce pari que la maison du quai de la Tournelle a choisi de relever le 8 septembre prochain, en confiant à quatre solistes de l’Opéra de Paris le soin de faire voyager ses hôtes, non plus de plat en plat, mais d’étage en étage.
Le parcours démarre au Bar des Maillets, où Frédéric Chatoux, flûte solo de l’Opéra de Paris, et Agnès Crépel, violon solo de la même institution, interprètent les pages les plus lumineuses de La Flûte enchantée. L’ascension se poursuit à l’Appartement d’Augusta, salon plus intime où l’altiste Pierre Lenert retrouve Cécile Lenert pour un répertoire à deux altos, mêlant Over the Rainbow d’Harold Arlen, la Mélodie des Erinnyes de Massenet et l’Hymne à l’amour — un choix de programme qui assume ouvertement l’émotion plutôt que la performance technique. Au sommet de la tour, le violoncelliste Aurélien Sabouret joue seul la Première Suite de Bach et un mouvement de la Suite de Gaspar Cassadó, avant que les quatre musiciens ne se retrouvent sur la terrasse pour un finale associant la Fantaisie sur Carmen de François Borne au Libertango de Piazzolla.
Cette progression verticale, du bar au sommet, n’est pas qu’une astuce de mise en scène : elle rejoue, à sa manière, le principe même de la maison, où chaque étage a toujours correspondu à un usage et une ambiance distincts, du salon informel à la salle panoramique réservée aux grandes occasions. La dimension gustative n’est pas en reste, avec une coupe de champagne Tour d’Argent Grand Cru en ouverture, des mignardises signées le chef Yannick Franques et des cocktails imaginés par le mixologue Andy Soto, pensés comme une partition parallèle à celle des musiciens.
Fixé à 140 euros et limité à trente-deux places, l’événement s’adresse moins aux inconditionnels de haute gastronomie qu’à un public curieux de voir une institution multiséculaire s’aventurer hors de son registre habituel. Il reste à savoir si ce format, où la musique prend le pas sur l’assiette, deviendra un rendez-vous récurrent de la maison ou restera une parenthèse, aussi réussie soit-elle, dans l’histoire déjà dense de la Tour d’Argent.
nformations Pratiques
Prix : 140€ (32 places disponibles)
Réservations
Mardi 8 Septembre 2026, de 18h30 à 20h30
15 quai de la Tournelle, 75005 Paris

