Il y a des créateurs de mode qui font du vêtement. Et il y en a qui font du costume — au sens que le mot a au théâtre et dans la danse : un objet au service d’un corps en mouvement, d’une histoire à raconter, d’un espace à habiter autrement.
Arturo Obegero est de ceux-là.
Le créateur espagnol vient d’achever le travail de costume design pour GARBO, une pièce chorégraphiée par Josepha Madoki pour le Ballet de Lorraine en collaboration avec la Philharmonie de Paris. Deux institutions dont la rencontre dit déjà quelque chose : la danse contemporaine et la musique de concert — deux arts du corps dans le temps, deux arts de la présence.
GARBO. Le nom convoque immédiatement Greta Garbo, l’actrice suédoise qui disparut de l’écran à trente-cinq ans, préférant l’absence à la célébrité. Une figure de l’effacement volontaire, de la beauté qui choisit de ne plus se montrer, de la puissance d’une silhouette qui refuse le regard public. Dans ce contexte, le costume n’est pas habillage — il est dramaturgie. Ce que porte un danseur façonne son ombre portée, sa vitesse perçue, la façon dont la lumière le touche ou le rate.

Arturo Obegero a construit cette enveloppe visuelle en dialogue avec Josepha Madoki. L’exact contenu de chaque pièce reste à découvrir à la représentation — il y a dans ce projet une délibérée rétention d’informations, une invitation à voir plutôt qu’à lire sur un communiqué.
Ce qui est remarquable dans cette démarche, c’est le décloisonnement qu’elle opère. La mode entre dans la danse, et non par la porte des « collaborations » que les grandes Maisons mettent en scène pour leurs campagnes de communication. Obegero ne sponsorise pas le Ballet de Lorraine. Il crée pour lui, dans la logique même du spectacle vivant, avec les contraintes de la scène : des costumes qui résistent à la sueur, au mouvement répété, à la lumière crue des projecteurs.
Une façon de rappeler que le vêtement, avant d’être un produit ou une image, est un geste. Et que certains créateurs n’ont pas oublié ce que « habiller » veut dire quand le corps qu’on habille est en mouvement total.

Cette publication est également disponible en :
