Dans sa collection Pré-Fall 2026, baptisée Indelible Love, la Maison Elie Saab construit une silhouette entière autour de Beyrouth — sa lumière, ses contrastes, sa résilience. Un geste rare pour une ligne commerciale, à contre-courant des références neutres qui dominent le prêt-à-porter parisien.
Une ville comme matière première
Peu de collections de prêt-à-porter osent nommer une ville précise comme source directe. La plupart préfèrent l’abstraction — un « esprit », une « attitude » — plus facile à décliner sur tous les marchés. Indelible Love, la collection Pré-Fall 2026 de la Maison Elie Saab, fait le choix inverse. Beyrouth y est citée comme matrice, pas comme décor.
Cela se lit dans la construction des silhouettes de jour : un tailoring aux lignes brutalistes se détache sur des découpes architecturales, avant qu’un cuir couleur cannelle, souple et tactile, ne vienne rompre la rigueur du geste. Une veste olive portée avec un pantalon en denim floqué associe la grandeur nostalgique à une coupe résolument contemporaine ; un pull imprimé porté en robe mi-longue, accompagné de bottes noires montantes et d’un tote assorti, mise sur l’énergie plutôt que sur l’apparat.























































































Le soir, une autre mémoire
Passé un certain point de la journée, le vocabulaire change. Les palettes deviennent monochromes, les matières s’alourdissent, les silhouettes se referment sur des lignes plus classiques — un âge d’or du glamour convoqué sans nostalgie appuyée. Escarpins en satin et pochettes structurées ancrent malgré tout l’ensemble dans le présent. La dentelle, elle, revient en pans entiers ou en découpes intimes, alternant pudeur et évidence.
Plusieurs pièces de soirée associent un drapé de paillettes couleur champagne à des broderies denses sur toute la longueur de la robe — une combinaison technique qui explique le temps d’exécution long attribué à ces silhouettes en atelier.
Pourquoi Beyrouth, pourquoi maintenant
Le choix n’est pas nouveau chez Elie Saab, fondateur libanais installé à Paris depuis les années 1990 : la Maison entretient de longue date un dialogue avec ses origines. Mais l’assumer aussi frontalement, jusque dans une ligne de prêt-à-porter pensée pour des points de vente internationaux, dit quelque chose du moment. Beyrouth, ville qui continue de reconstruire son image sur la scène internationale bien au-delà de ses seules frontières, redevient ici un argument créatif plutôt qu’un sujet que l’on contourne.
Le procédé n’est pas isolé dans le paysage de la haute couture et du prêt-à-porter de luxe : plusieurs créateurs d’origine moyen-orientale installés à Paris ou à Londres revendiquent depuis quelques saisons plus ouvertement leur généalogie, quand la génération précédente avait plutôt tendance à l’estomper au profit d’une identité parisienne neutre.
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Reste à savoir si ce geste restera un jalon isolé dans le calendrier des collections Elie Saab, ou le signe d’un retour plus assumé de la géographie personnelle comme signature créative, y compris dans les lignes les plus commerciales de la Maison.
