Manolo Blahnik réinterprète l’espadrille compensée avec Hangrillahi

by Pascal Iakovou
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L’espadrille appartient depuis longtemps au vocabulaire estival méditerranéen. Avec Hangrillahi, la Maison Manolo Blahnik déplace pourtant cet objet populaire vers un territoire plus théâtral, presque napoléonien. Derrière cette sandale compensée pour l’été 2026, il y a moins une démonstration de mode qu’un exercice de mémoire décorative : celui d’une boucle retrouvée en Italie et réinterprétée comme un fragment d’ornement impérial.

Le point de départ n’est pas la semelle compensée en corde tressée — devenue un archétype du vestiaire balnéaire — mais cette boucle carrée sertie de cristaux Swarovski. Manolo Blahnik la décrit lui-même comme un objet de fascination historique : « It reminded me of Napoleon I, Josephine and Pauline Bonaparte. » Une référence moins anecdotique qu’il n’y paraît. Chez Blahnik, le soulier fonctionne souvent comme un accessoire de caractère, presque un élément de costume capable de convoquer une époque entière.

La construction de Hangrillahi repose sur une tension intéressante entre artisanat vernaculaire et langage joaillier. D’un côté : une base d’espadrille classique avec plateforme en fibre tressée, semelle en caoutchouc et empeigne en coton à bout rond. De l’autre : un élément décoratif habituellement associé au soulier du soir. Cette collision des registres raconte quelque chose de l’évolution du luxe contemporain : la disparition progressive des frontières entre pièce de villégiature et objet de cérémonie.

Le détail le plus juste réside probablement dans la matière. Le coton conserve une certaine simplicité tactile qui empêche la boucle de basculer dans l’ostentation. La corde tressée absorbe également la lumière des cristaux plutôt que de les laisser dominer la silhouette. L’ensemble demeure méditerranéen, malgré la présence du Swarovski.

Il y a aussi, en filigrane, une lecture plus culturelle de cette espadrille compensée. Depuis plusieurs saisons, les maisons de luxe revisitent les objets historiquement associés aux loisirs populaires européens — sandales de pêcheur, paniers en raphia, mules d’hôtel, espadrilles basques — comme si le luxe cherchait désormais sa légitimité dans la permanence artisanale plutôt que dans la seule sophistication industrielle. Hangrillahi s’inscrit précisément dans cette trajectoire.

Chez Manolo Blahnik, cette approche n’est jamais totalement nostalgique. Le designer espagnol continue de traiter le soulier comme un terrain narratif où l’histoire, le théâtre et la décoration dialoguent librement. Ici, Joséphine Bonaparte rencontre la côte méditerranéenne. Le cristal croise la corde tressée. Et l’espadrille cesse d’être simplement estivale pour devenir un objet de stylisme à part entière.

Détail

  • Empeigne en coton à bout rond
  • Boucle carrée ornée de cristaux Swarovski
  • Plateforme habillée de tressage façon paille
  • Semelle extérieure en caoutchouc
  • Collection Été 2026

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