Pour une maison dont l’héritage repose sur le sourcing de matières britanniques, revenir à la terre n’est pas un geste anodin. Veggies — édition limitée disponible dès juin 2026 — propose trois eaux de cologne bâties sur des notes végétales potagères, un territoire olfactif que la parfumerie de niche explore depuis deux décennies mais que les grandes maisons ont longtemps contourné.
Le butternut en note de cœur. La betterave en entrée olfactive. La fleur de carotte en accord floral — non pas la carotte elle-même, mais sa floraison ombellée, légèrement anisée, que l’on retrouve dans Carrot Blossom avec un fond de patchouli et une tête de fenouil. Ce choix mérite attention : utiliser la fleur plutôt que la racine signale une lecture botanique de la plante, pas seulement alimentaire. Jo Malone London ne parfume pas la cuisine ; elle regarde le potager depuis la tige.
Velvety Butternut structure sa pyramide différemment : gingembre en tête, butternut en cœur, patchouli en fond. La fève tonka mentionnée en description narrative ne figure pas dans la pyramide officielle des notes — point de friction entre le texte de présentation et la fiche technique. Scarlet Beetroot suit une logique plus frontale : cassis en tête, betterave en cœur, patchouli en fond, un accord fruité-terreux qui rappelle le travail de certains créateurs de niche sur les matières fermentées.
Le patchouli, commun aux trois compositions, fonctionne ici comme ancrage boisé plutôt que comme signature orientale. C’est sa fonction classique dans les accords verts et végétaux : fixer ce qui tend à s’évaporer trop rapidement.
Au-delà des jus, la collection s’étend à la sphère de la maison — bougie Green Tomato Vine en deux formats, diffuseur Tomato Leaf, savon formulé à la glycérine d’origine naturelle et à l’huile de graines de Limnanthes alba, une plante à fleurs blanches cultivée principalement en Oregon, dont l’huile est réputée pour sa stabilité en formulation cosmétique.
Céline Roux, Directrice Internationale des Parfums, situe le projet dans une tension contemporaine précise : « Nous adorions l’idée que les gens, même au cœur de villes comme Londres, puissent cultiver leurs propres carottes et herbes aromatiques […] quelque chose de cultivé chez soi, d’un peu brut, non façonné, mais revisité avec fraîcheur. » La formule dit l’essentiel : Veggies n’est pas une collection naturaliste. C’est une collection sur le désir de nature urbaine — un désir qui, depuis le regain des potagers de balcon post-2020, a considérablement élargi son public.
Que Jo Malone London, maison dont le capital réside dans la légèreté florale et les accords londonniens, choisisse précisément ce moment pour descendre sous terre interroge. Le légume comme matière olfactive sérieuse n’est plus une provocation de niche. Il commence à ressembler à un consensus.
Détail
Limnanthes alba, connue sous le nom de « meadowfoam », est cultivée principalement dans la vallée de Willamette en Oregon. Son huile est extraite par pression à froid et présente un taux d’acides gras à longue chaîne supérieur à 95 %, ce qui lui confère une très haute stabilité à l’oxydation. En formulation savon, elle remplace fréquemment l’huile de jojoba comme agent émollient non comédogène.





