En 1969, les ingénieurs du « Projet 99 » ont placé la couronne du côté gauche du boîtier non par goût du paradoxe, mais par nécessité mécanique. Le micro-rotor signé Buren et le module chronographe Dubois-Depraz ne laissaient aucune autre issue : l’encombrement du mouvement forçait la main. Ce qui aurait pu rester une anomalie de fabrication est devenu la signature formelle la plus reconnaissable de la TAG Heuer Monaco — et l’une des rares dans l’histoire de l’horlogerie où une contrainte d’atelier a dicté une esthétique durable.
Cinquante-sept ans plus tard, la Maison présente à Watches & Wonders une refonte de la Monaco qui prend ce précédent au sérieux. Le boîtier de 39 mm passe au titane grade 5, matériau aéronautique dont la densité réduite modifie sensiblement le port au poignet sans altérer la rigidité structurelle. Les arêtes, accentuées par rapport aux versions post-1997, se rapprochent davantage de la référence 1133 originelle. Le fond de boîte abandonne le profil plat : une section centrale ronde se courbe vers les bords, reprenant un détail de l’original qui améliorait déjà la tenue sur le poignet — une ergonomie pensée avant que le mot n’entre dans le vocabulaire horloger courant.
Le calibre TH20-11
Développé à partir du TH20-00, référence interne de la Maison pour ses chronographes automatiques, le nouveau calibre a fait l’objet de plusieurs années de reconfiguration par les équipes de La Chaux-de-Fonds. Sa disposition bi-compax — compteurs à trois et neuf heures, guichet de date à six heures — rend hommage explicitement au Calibre 11 d’origine, dont le nom résonne dans la désignation TH20-11. Réserve de marche : 80 heures. Garantie constructeur : cinq ans.
Le cadran bleu opalin, directement tiré de la teinte portée par Steve McQueen sur les pistes du Mans en 1971, est proposé aux côtés d’un vert soleillé brossé qui cite les codes du British Racing Green et d’une version noire à boîtier bicolore titane et or rose 18K. Chaque exemplaire reçoit un bracelet cuir de veau perforé et une boucle déployante en titane grade 5. Les deux références full titane sont disponibles à 9 300 euros ; la version bicolore à 13 000.
Ce qui frappe dans cet exercice de refonte, c’est moins la nouveauté que la méthode. Repartir de la référence 1133 pour retrouver ce que les remises au goût du jour successives avaient progressivement édulcoré — l’angularité franche, la couronne obstinément à gauche, le fond qui épouse le poignet — relève d’une démarche d’ingénierie rétrospective que peu de Maisons ont encore la discipline de mener jusqu’au bout. La prochaine étape logique serait de soumettre le TH20-11 à une certification chronométrique indépendante : ce calibre, qui revendique clairement une filiation manufacture, mériterait d’être évalué sur des critères objectifs plutôt que sur le seul prestige de la lignée.































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