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Bvlgari Eclettica, le parfum devient objet de haute joaillerie

by pascal iakovou
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Il y a des flacons que l’on ouvre. D’autres que l’on regarde d’abord comme une pierre, une coupe de verre ou un fragment d’architecture miniature. Avec Eclettica, Maison Bvlgari déplace la parfumerie vers un territoire plus rare : celui de l’objet hybride, à la fois contenant, bijou et manifeste chromatique. La collection réunit trois créations — Eclettica Scultura, Eclettica Architettura et Eclettica Pittura — autour d’une même signature olfactive composée par Yann Vasnier, logée dans des flacons en verre de Murano habillés d’or et de pierres.  

La proposition n’est pas simplement de parfumer. Elle consiste à donner à l’odeur une enveloppe matérielle qui convoque trois disciplines : la sculpture, l’architecture et la peinture. Chez Bvlgari, cette triangulation n’arrive pas par hasard. Fondée à Rome en 1884 par Sotirio Bulgari, la Maison a construit une part de son langage autour de la couleur, des volumes et de références romaines assumées.   Ici, la haute parfumerie devient un prolongement de cette grammaire joaillière : non pas un jus isolé, mais un système d’assemblage où la pierre, le verre, le métal et la composition odorante travaillent ensemble.

Le geste le plus intéressant se situe peut-être dans le flacon. Chaque pièce est soufflée à la bouche par des artisans de Murano, selon une technique décrite dans le dossier comme le Sbruffo : le verre en fusion est roulé dans des pigments colorés, puis recouvert d’une couche transparente afin de créer une profondeur chromatique. Le procédé rejoint l’histoire longue de la verrerie vénitienne, où la couleur n’est pas appliquée en surface mais construite dans l’épaisseur même de la matière. Les techniques de Murano reposent précisément sur cette maîtrise du verre chaud, du souffle et des superpositions de couches colorées.  

Une fois façonné, le flacon quitte l’atelier verrier pour rejoindre les ateliers de Haute Joaillerie Bvlgari à Rome. La parure amovible qui l’accompagne peut être portée comme broche ou pendentif. Ce détail change la nature de l’objet. Le parfum n’est plus seulement conservé dans un contenant précieux : il dialogue avec un bijou autonome, détachable, portable, donc vivant. L’objet circule entre la coiffeuse, le cou, le revers d’une veste. Il échappe à la logique fixe du flacon de collection.

Eclettica Scultura regarde vers les bas-reliefs romains. Sa pièce centrale est une monnaie antique frappée à l’effigie de l’empereur Sévère Alexandre, qui régna de 222 à 235 après J.-C. Autour d’elle, l’or jaune, les diamants, le corail rouge et les inserts de malachite construisent une tension entre archéologie et joaillerie. La pièce n’imite pas l’Antiquité ; elle en prélève un fragment, puis le replace dans un système de port contemporain.

Eclettica Architettura travaille la proportion. Le bijou convertible en or jaune accueille un spinelle rose, entouré de diamants et d’éclats d’émeraude. Le bouchon, serti d’une perle centrale d’améthyste et d’inserts de nacre, reprend la logique radiale de la pièce. La référence à l’architecture de la Renaissance italienne se traduit moins par un motif que par une organisation : centre, rayonnement, équilibre, répétition.

Eclettica Pittura choisit le bleu. Une tanzanite forme le cœur du bijou, cerclée de diamants et d’inserts de turquoise. Le bouchon associe calcédoine et lapis-lazuli. Le dossier évoque le bleu de Pompéi, pigment lié aux fresques antiques et à une forme de sacralité visuelle. Là encore, Bvlgari ne cite pas l’histoire comme un décor. La Maison l’emploie comme une réserve de signes : couleur, matière, lumière, pouvoir symbolique.

Les trois créations partagent une fragrance unique. Yann Vasnier compose une structure ambrée florale autour de l’orange sanguine italienne, de l’absolue de vanille et d’un accord ambré de crème de marron. Dans une phrase issue du dossier, le parfumeur résume l’intention : « Une fragrance qui transforme la diversité en une signature olfactive harmonieuse, aussi complexe, raffinée et unique que l’art lui-même. »   La formule reste lyrique, mais elle dit quelque chose de juste sur le projet : Eclettica cherche moins la nouveauté olfactive isolée que l’assemblage de différences.

La recharge à vie, mentionnée pour chaque fragrance, ajoute une dimension plus contemporaine. Dans l’univers du parfum-bijou, où l’objet pourrait facilement basculer vers la pure pièce d’apparat, cette possibilité maintient un rapport d’usage. Le flacon n’est pas pensé comme une relique fermée, mais comme un contenant destiné à durer, à être repris, rempli, transmis.

Ce que Bvlgari met en scène avec Eclettica, au fond, c’est une idée très romaine du luxe : l’accumulation maîtrisée. Verre de Murano, pièces antiques, spinelle, tanzanite, corail, lapis-lazuli, or jaune, parfum ambré floral. Tout pourrait devenir trop riche, trop démonstratif. L’équilibre tient dans la transformation de cette densité en langage. La collection rappelle que la haute parfumerie, lorsqu’elle s’autorise à quitter le seul registre du sillage, peut devenir un art de la forme. Un parfum que l’on porte, mais aussi un objet qui regarde en arrière — vers Rome, Murano, Pompéi — pour mieux retrouver sa place dans le présent.

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