La BAPE STA a vingt-cinq ans et quarante-huit nations

by Pascal Iakovou
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Pour l’anniversaire de sa silhouette emblématique, BAPE s’associe à KidSuper et décline la sneaker en quarante-huit versions, une par pays. La nation devient une grammaire chromatique. Symptôme d’une époque où le vêtement de rue parle le langage des drapeaux.

Un anniversaire transformé en compétition

La BAPE STA, silhouette née au tournant des années deux mille, fête son vingt-cinquième anniversaire. Pour marquer la date, la maison japonaise s’associe à KidSuper, le label new-yorkais de Colm Dillane, autour d’un projet au nom révélateur : la SUPERBAPE CUP. Le mot « cup » n’est pas innocent. Il emprunte au vocabulaire du tournoi, et structure l’objet comme une compétition : quarante-huit déclinaisons exclusives de la sneaker, inspirées chacune des couleurs d’une nation.

La référence à un format à quarante-huit équipes évoque immédiatement la prochaine Coupe du monde de football, dont le tableau s’est élargi à ce nombre. La sneaker se range ainsi sous le signe du grand rendez-vous planétaire, sans jamais avoir à le nommer.

Le drapeau comme palette

L’idée de décliner un même objet selon les couleurs nationales n’est pas neuve dans l’univers du sport. Elle prend ici une résonance particulière parce qu’elle s’applique à une pièce devenue patrimoniale du vêtement de rue. En traduisant quarante-huit identités nationales en autant de versions chromatiques, la collaboration fait du drapeau une palette, et de l’appartenance un motif.

Sur les dix coloris d’abord retenus, l’usager est invité à reconnaître le sien, à choisir son camp. Le streetwear, longtemps porté par une logique d’appartenance à une scène ou à une ville, emprunte ici la cartographie des États. Le geste est habile : il transforme un objet de mode en support d’identification immédiat, à l’échelle du monde.

Collaboration : BAPE® et KidSuper (label de Colm Dillane). Occasion : vingt-cinquième anniversaire de la BAPE STA™. Principe : quarante-huit déclinaisons, une par nation, d’après les couleurs nationales. Disponibilité : dix coloris à partir du 11 juin, en BAPE STORE® sélectionnés et au KidSuper Store de Brooklyn.

Ce que dit la sneaker-drapeau

Derrière l’exercice de style se lit une mutation. Le vêtement de rue, né en marge, a depuis longtemps rejoint le centre du commerce du luxe, jusqu’à en adopter les rites : l’édition limitée, l’anniversaire célébré, la collaboration érigée en événement. La SUPERBAPE CUP pousse la logique plus loin en s’arrimant à l’imaginaire de la nation, registre habituellement réservé au sport et à la politique.

Que la silhouette ait vingt-cinq ans et qu’on la fête en mobilisant quarante-huit drapeaux en dit long sur le statut acquis par l’objet : il ne se contente plus d’habiller, il rassemble et divise comme une équipe. Reste à savoir ce qui survivra de l’engouement quand le tournoi sera passé, et si la sneaker continuera de porter ces couleurs une fois l’événement refermé.

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