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Pourquoi le magasin virtuel ne tuera pas le magasin physique ?

by Manon Renault
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Le commerce physique : une Ă©poque rĂ©volue. C’est ce que semble affirmer la ministre du travail Muriel PĂ©ricaud. Un discours qui sème la discorde et rĂ©veille la CDCF ( Conseil du Commerce de France) ou encore l’UCV ( Union des Grands Commerces de Centres villes)  : « Non, Madame la Ministre, ĂŞtre vendeur ou vendeuse n’est pas un mĂ©tier du passĂ©, c’est un mĂ©tier qui se transforme pour rĂ©pondre aux nouvelles attentes des clients qui eux n’opposent pas Internet et le magasin » ( CDCF). La dĂ©claration de la ministre s’inscrit dans la tradition des paniques morales face aux nouvelles technologies. Un imaginaire ou le monde virtuel est dĂ©tachĂ© du monde rĂ©el. Au delĂ  de cette dissociation, la phrase est l’illustration d’un discours politique dans lequel les anciennes classes paysannes et ouvrières ne sont pas reprĂ©sentĂ©es. Un reproche formulĂ© de manière rĂ©currente, mais qui trouve une nouvelle justification dans cette acceptation d’un monde qui serait entièrement converti au commerce en ligne. L’expĂ©rience de la boutique n’est pas morte. « Le digital remonte le niveau d’exigence », rĂ©sume FrĂ©dĂ©ric Messian, prĂ©sident du groupe Lonsdale dans une interview livrĂ©e aux Echos en janvier 2017.

Dans l’article, Lonsdale ou encore la chaĂ®ne de produits alimentaires italiens haut de gamme Eatitaly, sont Ă©voquĂ©es. DĂ©cathlon et la Pataterie : qu’est-ce qu’on en fait ? L’expĂ©rience boutique est une exigence pour les classes les plus Ă©levĂ©es. L’expĂ©rience boutique est une activitĂ© subie par les classes les plus dĂ©favorisĂ©es. Au milieu, il y a le numĂ©rique

Rien de scandaleux dans les propos de Muriel PĂ©ricaud : ils sont le prolongement d’une politique ou les fossĂ©s se creusent.

Luxe et numérique en 2018 : ou le renforcement de la distinction par la grandeur de la boutique ?


Au Bonheur des dames 4.0

« Pour l’agrĂ©ment d’une ville, je serais d’avis que l’on plaçât toujours les boutiques des marchands en vue le long des rues, cela lui donnerait un air de vie et ferait spectacle. »(Pierre PATTE, MĂ©moires sur les objets les plus importants de l’architecture, Paris, 1769, p. 23). Les boutiques permettent Ă  Paris de faire rayonner son image de ville dorĂ©e du luxe. Ainsi dans les grandes villes, les grands magasins redoublent d’effort. Que ce soit au niveau de l’architecture, que de l’expĂ©rience client. En devenant des lieux de « villĂ©giature » pour classe « exigeantes », les magasins crĂ©ent des cocons/prisons qui sont les Ă©chos de la volontĂ© d’oublier les autres rĂ©alitĂ©s. Oublier les chaĂ®nes de fringues fast fashion, les friperies et Tati.

Le vendeur ne disparaĂ®tra pas dans les boutiques de l’avenue Montaigne. Au contraire, il est fort Ă  parier que son rĂ´le ne cessera d’Ă©voluer et que l’appareillage nostalgique des savoir-faires d’antan deviennent un rĂ´le de composition. L’acteur studio vendeur, sera au service d’un film qui demande de nouvelles qualifications, et l’intĂ©riorisation de codes sociaux : le CAP « vendeuse » imposĂ© aux filles des lycĂ©es de campagnes prĂ©pare-t-il mademoiselle Ă  verser le champagne ?

Une réalité qui semble devenir une fiction de moins en moins digeste, quand le centre commercial de ZAC devient le refuge social pour un ensemble de la population.

Dans le dĂ©sert, les mirages des logos de luxe n’existent plus.

Alors que les boutiques deviennent le prolongement symbolique de la richesse de Paris, les « petits commerces »  traditionnels s’Ă©teignent un Ă  un dans les villes moyennes. Ă€ la place des chaĂ®nes de magasins sortent de terre, et les enseignes « low-price » se succèdent sans succès. Si la dĂ©sertification des villes est depuis longtemps dĂ©noncĂ©e, les zones commerciales sont elle- mĂŞme de moins en moins remplient. Des box fantĂ´mes, pour un paysage post-apocalyptique : les clients prĂ©fèrent acheter en ligne ? Cela peut ĂŞtre une piste, mais la plupart choisissent la proximitĂ© et achètent leurs vĂŞtements dans les supermarchĂ©s ou ils achètent les frites du barbeuc, pour Ă©viter la dĂ©pense d’essence. Le numĂ©rique est encore une sorte de chose mystifiĂ©e, ça fait peur, les colis n’arrivent pas jusqu’au dĂ©sert français.

Les centres commerciaux deviennent les derniers remparts culturels, lĂ  ou le privilège du cinĂ©ma, du musĂ©e etc … a Ă©tĂ© arrachĂ© aux populations. Les zones commerciales font culture par dĂ©faut. Parfois, elles sont dĂ©tournĂ©es et deviennent les ferments de l’Ă©laboration des contres-culture. Les phĂ©nomènes d’utilisation de zones commerciales comme lieu de construction identitaire est fondamentale chez les jeunes. Ils se retrouvent et habitent les lieux. Une expĂ©rience que le commerce en ligne ne peut pas remplacer, mais ou aucun vendeur n’est convoquĂ©.

Commerce en ligne en hausse : pour qui ? comment ?

Les vendeurs peuvent aller ranger leurs uniformes : le numĂ©rique va tout remplacer. Une chanson de fond, qui cristallise des pĂ´les Ă©conomiques qui ne se rencontrente plus.  La culture et les cultes autour des lieux de consommations s’entrecroisent mais ne se ressemblent pas. Chez Les Ă©lites : les boutiques vouĂ©es au commerce de luxe sont le prolongement d’un mode de vie. Auprès des classes dĂ©vaforisĂ©es , les magasins sont devenus les coeurs nĂ©vralgiques d’une vie plus subie que vĂ©cue . Un brin Zola ?

Le numĂ©rique offre de nouvelles voix, et permet de repenser l’architecture des boutiques au niveau des grandes villes et devrait contribuer Ă  repenser la gĂ©ographie des espaces dans les villes moyennes. Il ne signe en rien l’arrĂŞt de mort des vendeurs et devrait au contraire contribuer Ă  leur revalorisation.

Selon la CDCF  » Un client ne demande jamais un produit (matĂ©riel ou immatĂ©riel) pour lui-mĂŞme mais pour les services qu’il pourra rendre, pour sa contribution Ă  la rĂ©solution d’un « problème de consommation » ». Le hic : les problèmes de consommations ne sont pas dĂ©finis de la mĂŞme manière pour tous.

Magasins virtuels, magasins rĂ©els : l’opposition n’est pas lĂ . Boutique, Centre commerciale : on tient quelque chose ?

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