Home ModeFashion Week Haute-Couture Automne/Hiver 2018-19 : Jour 3 La joie de vivre

Haute-Couture Automne/Hiver 2018-19 : Jour 3 La joie de vivre

by Manon Renault 6 juillet 2018 0 comment

 Du satin, du poudré, et des plumes : comme une parure rassurante face à un futur imprévisible. Un futur sans Paris, un futur sans argent ? Chanel, rend hommage à l’élégance Chanel. Celle de Coco, des années 20, de l’entre deux guerres. Un instant d’émancipation avant que Gabrielle ne doive plier boutique. Cette saison la haute-couture se répète à elle-même : oui je suis parisienne. Le socle de la haute-couture et ici, et il ne faudrait pas que les choses changent. Si pour une partie fortunée de la population la crise économique est dépassée, le profil des acheteurs a muté, et ce plus rapidement que les maisons de couture. Le retour de la haute-couture à l’élégance des années 20 peut se lire comme un refuge. Une période pleine d’ambivalences : » une simplification des vêtements liée à une nouvelle liberté, de nouvelles responsabilités professionnelles (…) mais également des exigences de 1918 qui imposent aux femmes le retour à la maison et à leur rôle d’épouses et de mères, l’entre-deux-guerres oscille entre l’énergie débordante et l’explosion de liberté des années folles, et le retour à un certain classicisme de formes durant les années 1930 » selon l’historienne Sophie Kurkjian. Le couplet petits métiers parisiens,  élégantes passantes aux robes en dessous du genou: un chant rassurant entonné avec fougue par un Paris incertain. Le luxe n’est plus son monopole. Alors le passé devient un refuge et une réification de son aura : rien de nouveau à cela. Le passé auquel la couture se réfère informe des peurs du présent. Le sportwear, la vitesse technologique, la place des femmes ( de classes sociales nouvelles, de pays non Made in France) dans la sphère public, l’accès du luxe à de nouveaux publics…La haute-couture est-elle si conservatrice ?

 

La question : En 2018, l’utilisation du rétro doit-il se lire comme un refus face à l’évolution et aux changements sociaux ?


Julien Fournié : un Remake sans Recut

En 1998, Gus Van Sant  propose à Universal de revisiter un grand classique du cinéma de suspens. Sans l’ombre d’un soupçon, c’est du côté d’Hitchcock que Van Sant se tourne. Pour s’attaquer à Psycho, le cinéaste fait le choix du remake littéral : il respecte chaque plans. Ainsi les quelques modifications apportées sont d’autant plus clinquantes. Dans son décalqué de la femme fatale, Fournié se ré-approprie la satin, les gants de cuir, les chignons bananes et les imprimés léopards. Le style de Grace Kelly occupe le rôle principal : sa robe de marié avec le prince de Monaco clôture ce remake Haute-couture. En 2018, revenir à l’esthétique raffinée des années 50, permet à Fournié d’entretenir le sentiment de nostalgie. Un sentiment qui enfle comme une réponse au sportwear populaire. Une manière de distancier la couture du prêt-à-porter et de revenir à un look conservateur. Puiser dans le passé : un moyen de pallier le manque d’inventivité ? Une pensée paresseuse résumée par la phrase « Tout à déjà était fait ». Pourtant l’idée de reprise est une idée en soit. Julien Fournié signe une collection classique: son remake à la mérite de lui éviter des faux-Recut.

Rami Kadi : Retourne la veste de la couture sans retourner la sienne

Après une dernière collection axée sur le sportwear, Rami Kadi explore un nouveau vestiaire.Le jeune libanais entre en collusion avec les préoccupations de la saison, mais pour des raisons totalement différentes. Il nous explique. »J’avais envie de travailler la veste masculine, de la découper, de la démonter pour en faire autre chose. Les motifs classiques pied- de-poule, vichy m’intéressent également. Je les aie travaillé avec de nouvelles techniques pour en faire les éléments d’une garde robe haute-couture moderne (…) On retrouve des éléments sportwear mais je ne me limite pas à cette inspiration ». Rami Kadi a su s’ extirper du classicisme du vestiaire féminin et l’a incorporé à son univers. Le travail apporté à chaque pièce pousse à l’admiration. Jeux de lumières, combinaison de plumes, de cuir et de néophrène « pour certaines pièces, ce sont 400 heures de travaux qui ont été requis ». Un bel hommage libanais à la haute-couture.

XUAN : Classicisme augmenté

Un défilé qui questionne sur notre consommation des images. À l’heure ou le discours sur l’authenticité est devenu un doudou marketing réconfortant face à un monde qui se regarde via écran, Xuan propose de revenir à une époque dénuée d’écrans. La présentation tient de la performance : un dîner classique, ou les invités n’ont fort heureusement pas besoin de couverts. Ainsi ils ne lâchent pas leurs portables et dégustent chaque instant du défilé avec leurs followers. Au niveau des pièces, la collection explore de la garde-robe classique en la modernisant par des fleurs de tissus qui semblent tout droit inspirées de la réalité augmentée. Comme pour nous dire que ce monde d’écrans n’est pas un univers parallèle, mais une part de notre vie. Il change nos manières de nous vêtir, de dîner, mais aussi nos manières d’explorer le passé de la mode

Face à son acculturation la haute-couture trouve refuge dans un rétro-glamour strict et peu « empowering » pour les femmes. En 2018, ce ne sont pas les 50 ans de mai 68 qui sont investis. Plutôt un rappel à l’ordre, à un ordre menacé qu’une véritable révolution.

Ref: Sophie Kurkdjian, « Introduction. D’une guerre à l’autre : les femmes et la mode dans l’entre-deux guerres », Apparence(s) (En ligne)

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