Home Art de vivreCulture Archi et BD, la ville dessinée au Palais de Chaillot

Archi et BD, la ville dessinée au Palais de Chaillot

by Marie Odile Radom
1 comment

Tout le monde connaît Gotham City ? L’alter égo de New-York City et décor des aventures de Batman n’est plus à présenter tant elle fait partie de l’univers de la bande-dessinée. Métropole construite sur un marais, la ville gothique représente l’univers urbain imaginaire par excellence. Et que dire de Métropolis, ville où apparaît et disparaît Superman ?

Futuriste, onirique, gothique, métropole moderne ou fantastique, la ville a toujours joué un rôle prépondérant dans la bande-dessinée. Simple décor urbain ou personnage à part entière, « […] la Ville dans tous ses états constitue, depuis les origines du genre, l’un des motifs fétiches de la bande dessinée, une source d’inspiration inépuisable qui envahit les cases, investit les planches et nourrit les scénarios de maints albumn. De la ligne claire aux mangas japonais, en passant par les comics de superhéros, la « Ville dessinée » offre autant d’utopies architecturales de papier [..]. » affirme le Ministre de la culture et de la communication Frédéric Mitterrand.

Boulevard à deux niveaux de circulation Louis Bonnier © SIAF / Cité de l'Architecture et du Patrimoine / Archives d’architecture du XXème siècle

Art né dans les pages des journaux du début du vingtième siècle, la bande dessinée s’est très vite accaparée les représentations de la ville. Comics, manga ou bande dessinée plus traditionnelle, les cités couchées sur papier dressent un constat édifiant du rapport fusionnel entre l’homme et l’architecture. Explorer les relations entre bande dessinée et architecture, détailler la manière dont les auteurs interprètent et utilisent la ville dans leur œuvres, telle est la volonté de l’exposition « Archi & BD, la Ville Dessinée »  au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre 2010.

Amazing Archigram Couverture, numéro 4, Warren Chalk, Archigram 1954 © The Archigram Archives

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine nous offre un dialogue entre l’architecture et la bande dessinée à travers maquettes, esquisses, projets ou réalisations de villes, bâtiments publics ou villas, utopies dessinées par les plus grands architectes auxquels répondent des planches des auteurs de bande dessinée, où la ville est l’héroïne. Le dessin est bien sûr fondamental dans les deux arts qui comportent également un côté visionnaire pour les plus talentueux mais loin de se limiter à cette seule similitude, bande dessinée et architecture n’hésitent pas à se confondre pour notre plus grand plaisir. Certains architectes ont utilisé la bande dessinée pour transmettre leurs idées tandis que des dessinateurs construisent leurs planches comme on dessine une façade.

Nicolas de Crécy, affiche de l'exposition © Nicolas de Crécy, 2010

Cette exposition met en avant les différents aspects de la représentation de la ville dans la bande dessinée à travers un parcours chronologique de la fin du XIXe siècle à nos jours, présentant pas moins de 150 auteurs et 350 œuvres sous la forme de planches, illustrations, photographies ou films. Elle donne ainsi tout son sens au « 9ème art » en le replaçant dans son époque et nous offre un siècle d’architecture en un siècle de bande dessinée. Villes fantastiques ou fantasmées dessinées par les plus grands auteurs (Enki Bilal, François Schuiten ou Benoît Peeters) qui ont dessiné la ville telle qu’ils la rêvent. Sous leur traits de crayon, la ville devient souvent vertigineuse, avec de gigantesques immeubles aux lignes épurées.

Extrait de la fresque réalisée par François Olislaeger, 2010

Dès l’entrée de l’exposition, le ton est donné par une longue frise dessinée par François Olislaeger résumant l’histoire de la bande dessinée à travers des événements culturels et architecturaux.

Little Nemo 1907 © Peter Maresca and Sunday Press Books

L’exposition rend d’abord hommage au père du genre en montrant des planches du fameux Little Nemo de Winsor Mc Kay où un petit garçon en pyjama glisse le long de buildings miniatures, relayant la  naissance des skyscrapers de New-York vers 1905. Winsor Mc Kay manie à la perfection la perspective et nous offre ses interrogations sur la place de l’homme dans la ville à travers une confrontation sur planches entre l’homme et le gigantisme de la métropole.

The World Institute of Dream, Morpheus Street 2005 © Marc-Antoine Mathieu - Les Impressions Nouvelles

Une attention particulière a été apportée à New-York, ville icône du genre, ville fantasmée à l’architecture sans pareil. Le  pouvoir de fascination de cette ville sur des générations d’auteurs comme George Mc Manus, Alain St-Ogan, Hermann, Guarnido ou plus proche de nous Riad Satouff reste encore entier. Le Little Nemo de Windsor McCay ouvre le bal sur nombre de représentations de New-York jusqu’à ces évocations non dissimulées apparues dans les comics. Gotham City où règne Batman ou le Metropolis de Superman pointent leur nez vers la fin des années 30 pour ne citer que les plus emblématiques.

Vue de New York au 23e siècle © Mézières, 1992

La seconde partie de l’exposition s’ouvre sur l’exposition universelle de 1958, âge d’or de l’école belge. Après-guerre, l’esprit moderne apparaît, la notion de progrès change imperceptiblement le rapport à l’architecture. A travers l’Atomium, symbole parfait du développement d’une esthétique « moderne », le goût des dessinateurs comme André Franquin ou Maurice Thillieux pour les arts graphiques et le design explose, on parle alors de style atome. La Ligne Claire, style graphique épuré transcendé par Hergé, est l’occasion de voir des œuvres de grand maîtres patrimoniaux de la bande dessinée belge dans leur rapport à la ville. Les utopies urbaines, chimères de ville idéale (villes sur l’eau, suspendues ou en l’air) sont également abordées via des auteurs comme Moebius ou Jean-Claude Mezières (dont la vision de la ville a inspiré celle du Cinquième Élément de Luc Besson) ou imaginées par des architectes comme Archigram ou Yona Friedman. L’émergence des villes de banlieue donne l’occasion aux dessinateurs de montrer un genre plus réaliste tels Margerin et son fameux Lucien. Cette partie se termine sur des promenades dans Paris, autre ville fétiche des dessinateurs, à travers ses rues d’hier tels Tardi ou Eisner ou celles d’aujourd’hui comme Dupuy & Berberian ou Peeters.

Le Promeneur © Casterman Taniguchi / Kusumi, 2008

La troisième partie de l’exposition est l’occasion de se pencher plus précisément sur la ville dans un mode plus intimiste. Et là, Tokyo se fait grandiose. Le développement du manga est concomitant du déferlement de la culture japonaise et Tokyo est la ville du manga par excellence. L’exposition présente deux genres distincts. D’une part, celui des chroniques urbaines avec le Tokyo des villages, du quotidien et de la convivialité, avec Taniguchi et le duo Boilet-Peeters. Et d’autre part, les mangas d’Urasawa (20th Century Boys) et de Matsumoto (Amer Béton) qui abordent l’envers du décor, les problèmes sociaux, la violence et le chaos.

La maison de verre © Jacques de Loustal, 2007

L’espace final de l’exposition mêle de manière plus appuyée architecture et bande dessinée à travers des regards croisés dans de petites alcôves alors que certaines œuvres d’architectes se trouvaient subtilement mêlées aux planches de dessinateurs dans les espaces précédents. On peut y admirer entre autres La Ville Rouge de Michaël Matthys, le projet Villemole des Requins Marteaux ou encore La Maison de verre de Pierre Chareau via le portfolio de dessins de Jacques de Loustal, Jean-Claude Götting, Ted Benoit, André Juillard et François Avril.

On sort de l’exposition en ayant le sentiment d’avoir fait un gigantesque voyage dans le temps et l’espace. Le jeu de cache-cache entre bande dessinée et architecture fonctionne à merveille et montre combien la bande dessinée peut transcender l’architecture mais également combien l’architecture suit le quotidien, en digne témoin de son époque et façonne durablement les imaginaires. Le mélange des deux est si puissant qu’on pourrait facilement se méprendre sur le travail d’un architecte et le prendre pour une bande dessinée. Le contraire est aussi vrai…

ARCHI & BD, LA VILLE DESSINÉE
jusqu’au 28 novembre 2010

Ouverture tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

PRIX
Plein tarif : 8€ – tarif réduit : 5€ (gratuit pour les moins de 12ans)

Cité de l’architecture & du patrimoine
Palais de Chaillot – 1 place du Trocadéro – Paris 16e
www.citechaillot.fr

Marie-Odile Radom

Related Articles

1 comment

Jakob 4 juin 2012 - 12 h 02 min

autre exemple d’exploration urbaine par la BD, le travail D’olivier Dain Belmont et Hélène Blin: http://vraiment-ailleurs.eklablog.com/bd-thira-c18010129

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :