Fondée en 1720, la première Maison de Bourgogne accueille cette saison ses visiteurs dans un parcours d’expériences qui va de la dégustation libre face aux Hospices jusqu’au repas sur-mesure dans la Cuve 17. Entre les deux, 306 ans d’une continuité qui ne s’explique pas seulement par le vin.
Il y a quelque chose d’inhabituel dans le fait que Maison Champy soit toujours là. Non pas au sens sentimental du terme — la Bourgogne est pleine de dates gravées dans le calcaire — mais dans le sens proprement technique : les caves du XVe siècle qui abritaient l’activité en 1720 abritent encore l’intégralité de la vinification aujourd’hui. L’architecture, inspirée de l’école Eiffel, n’a pas été transformée en hôtel de charme. Elle travaille. Dimitri Bazas, œnologue et directeur technique depuis plus de vingt-cinq ans, surveille depuis ces voûtes les assemblages d’une Maison qui détient le label Entreprise du Patrimoine Vivant depuis 2021 — distinction réservée aux entreprises françaises dont les savoir-faire artisanaux sont jugés d’excellence.
La boutique, elle, se tient face aux Hospices de Beaune, Place de la Halle. L’emplacement n’est pas anodin : c’est là que se négocie, chaque novembre, aux enchères des Hospices, une partie du prix psychologique de la Bourgogne mondiale. Champy regarde ça depuis son comptoir de dégustation.
Ce que les caves contiennent
Le parcours œnotouristique de Maison Champy est construit selon une logique d’approfondissement progressif qui ressemble, en creux, à la hiérarchie des appellations bourguignonnes. À l’entrée : une dégustation libre de trois vins, trente à quarante-cinq minutes, seize euros, sans réservation, du mardi au samedi. C’est l’appellation Village de l’expérience — accessible, honnête, sans prétention particulière.
Le Premier Cru de la visite, c’est la dégustation Terroir : cinq vins dont un Premier Cru, une heure et demie, vingt-cinq euros, dans les caves. La dégustation Prestige monte à cinquante-cinq euros pour un Grand Cru au programme. Puis vient la visite immersive dans les parties habituellement fermées au public — cent cinquante euros, une heure et demie, avec une dégustation directement sur fût et trois Grands Crus au verre. La progression de prix suit exactement la progression de profondeur : littérale et géographique.
Au sommet de ce dispositif, la Cuve 17. Une ancienne cuve de macération reconvertie en salle de repas sur-mesure. Minimum six convives. Deux heures et demie à trois heures. De 115 à 245 euros par personne selon le format — Terroir, Prestige ou Grand Cru. Le menu est envoyé en amont et servi à l’ensemble de la table. Ce n’est plus une dégustation augmentée d’un repas ; c’est un lieu à part entière, dont la matière première — l’acier, le béton, la trace du vin ancien dans les parois — constitue le cadre de service.
Les deux cuvées Edme
Cuvée Edme : données techniques
Bourgogne Chardonnay 2023 — 100% Chardonnay. Assemblage Côte d’Or + Côte Chalonnaise. Sol argilo-calcaire. Levures naturelles. Fermentation malolactique complète. Élevage 10 mois : 25% barriques, 75% cuves inox. Mise en bouteille en jour fruits selon le calendrier biodynamique. 13,5% vol. Garde : 4 à 6 ans. Service : 12–15°C.
Bourgogne Pinot Noir 2024 — 100% Pinot Noir. Assemblage de 200 pièces (fûts 228L) dont cinquante issues des vignes de Volnay et Ladoix, complétées par la Côte Chalonnaise. Vendanges manuelles, levures naturelles. Élevage 12 mois : 25% fûts de chêne, 75% cuves inox. Millésime 2024 : gel précoce, fortes pluies, vendanges du 10 au 25 septembre. Garde : 4 à 6 ans. Service : 15–16°C.
Les deux cuvées portent le prénom d’Edme Champy, fondateur de la Maison en 1720. PMC : 25€ chacune.
Ces deux vins occupent une position délibérément paradoxale dans la gamme : des Bourgogne régionaux — le niveau d’entrée dans la hiérarchie des appellations — travaillés selon les mêmes protocoles que les crus de la Maison. Levures naturelles, fermentation malolactique complète, passage partiel en bois, mise en bouteille biodynamique pour le Chardonnay. La fiche technique ne cache pas l’ambition : offrir à une appellation générique la rigueur d’un vin de terroir.
Le millésime 2024, pour le Pinot Noir, mérite une lecture attentive. La Bourgogne a subi cette année-là une météo difficile — pluies intenses, gel précoce en floraison, rendements comprimés. Les vendanges ont eu lieu en conditions correctes sur quinze jours, du 10 au 25 septembre. Ce type d’année force la sélection à la vigne et en cave : l’assemblage des 200 pièces, dont cinquante seulement issues des vignes propres de la Maison (Volnay, Ladoix), traduit une exigence de constitution plutôt qu’une facilité de volume.
La boutique œnotouristique propose aussi, le samedi matin à 11h, une dégustation Vins & Fromages avec trois vins du domaine accompagnés de fromages d’Alain Hess — vingt-cinq euros, une heure, sur réservation. Ce détail, modeste en apparence, dit quelque chose sur la façon dont Champy pense son territoire : le fromager n’est pas un générique, c’est un nom.
C’est cette précision dans les partenaires, dans les formats, dans la graduation des caves, qui distingue un dispositif d’accueil construit depuis un lieu réel d’une offre touristique superposée après coup. Maison Champy n’a pas eu à inventer son histoire pour en faire une expérience. Elle a eu à décider jusqu’où elle voulait laisser entrer.















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