BAO BAO ISSEY MIYAKE imagine CITY, une géométrie urbaine en mouvement

by Pascal Iakovou
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Chez BAO BAO ISSEY MIYAKE, le sac relève moins de l’accessoire que de l’étude de structure. Depuis le lancement de la ligne en 2010, la Maison japonaise poursuit une même idée : transformer une surface plane en volume mobile. Avec CITY, dévoilée ce printemps, cette recherche quitte le registre organique pour regarder du côté de l’architecture urbaine.

La série repose sur une construction cubique aux proportions compactes. Les lignes de couture découpent la surface comme un plan de circulation. Les volumes semblent inachevés, presque modulaires, à la manière d’un quartier en cours d’élévation. Là où certaines pièces BAO BAO jouaient jusqu’ici sur la fluidité ou la réfraction lumineuse, CITY introduit une densité plus minérale.

La matière participe largement à cette impression. La surface texturée évoque des façades de béton brut ou des murs de pierre poncée. Les détails embossés créent un relief discret, proche des irrégularités que l’on observe sur certains revêtements architecturaux contemporains. La palette — Stone Gray, Urban Black, Sand Beige et Terracotta — prolonge cette lecture urbaine sans tomber dans le monochrome technologique souvent associé au design japonais contemporain.

Cette relation entre mode et architecture n’est pas nouvelle chez Issey Miyake. Dès les années soixante-dix, le créateur japonais envisageait le vêtement comme un espace en mouvement plutôt qu’une simple silhouette. Son travail avec le plissé, mais aussi sa fascination pour les structures modulaires et les volumes transformables, a profondément marqué le design textile contemporain. BAO BAO hérite directement de cette pensée : un objet pensé pour se déplacer, se reconfigurer et modifier sa forme selon l’usage.

La vidéo accompagnant le lancement de CITY traduit précisément cette idée de mutation permanente. Une pochette et un sac bandoulière émergent d’un environnement presque abstrait. Puis la bandoulière devient escalator. Des silhouettes traversent l’image. Les formes se multiplient jusqu’à composer une ville entière. Le film ne cherche pas à raconter une histoire ; il construit une perspective. Une approche rare dans les campagnes d’accessoires actuelles, souvent réduites à l’image statique ou au simple placement de produit.

Le détail le plus intéressant reste peut-être l’échelle des pièces. Avec des dimensions contenues — 115 × 115 × 60 mm pour la pochette, 170 × 115 × 60 mm pour le sac bandoulière — CITY s’inscrit dans une évolution plus large du rapport aux objets personnels. Le sac contemporain se réduit, mais gagne en fonction symbolique. Il ne transporte plus une vie entière ; il accompagne un déplacement rapide, urbain, fragmenté. Dans ce contexte, BAO BAO conserve une singularité : ses pièces continuent d’être pensées comme des systèmes de construction avant d’être des signes de statut.

À Paris, la série sera disponible à partir de mai dans la boutique ISSEY MIYAKE de la rue François Ier. Une adresse cohérente pour une ligne qui regarde la ville non comme décor, mais comme principe de composition.

ISSEY MIYAKE
28 rue François 1er, 75008 Paris

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