Home Horlogerie et JoaillerieVanguard Crazy Hours x Jisbar : douze heures dans 32 millimètres

Vanguard Crazy Hours x Jisbar : douze heures dans 32 millimètres

by pascal iakovou
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Le cadran de montre est l’un des rares formats artistiques à imposer simultanément une contrainte de surface, une contrainte de lisibilité et une contrainte cinétique. Sur une Crazy Hours, il en ajoute une quatrième : les index se déplacent.

Maison Franck Muller a développé la Crazy Hours comme une complication mécanique de saut d’heure. Son principe : les chiffres de une à douze sont disposés dans un ordre non séquentiel sur le cadran. À chaque heure, l’index horaire bondit vers la position correspondante — non pas en progressant, mais en sautant directement à destination. La lecture de l’heure reste exacte ; c’est la logique de progression qui est rompue. Depuis 1991 et la fondation de la Manufacture à Genthod, cette complication figure parmi celles qui ont construit la réputation de Franck Muller dans le domaine des mécanismes atypiques — une maison qui revendique plus de cinquante premières mondiales, du premier tourbillon à trois axes à la montre-bracelet la plus compliquée jamais produite.

Pour cette version née de la collaboration avec Jisbar, douze éléments issus du travail de l’artiste ont été sélectionnés, déconstruits puis recomposés pour occuper ces positions en mouvement. Chaque index horaire devient un fragment graphique — typographie, motif, forme — extrait d’œuvres existantes et adapté à l’échelle du cadran. Le résultat est une composition que l’artiste ne maîtrise pas entièrement : le mécanisme décide, à chaque heure, quelle partie de son vocabulaire visuel est en avant.

« Un cadran de montre, c’est le format le plus contraignant qui soit. C’est aussi pour ça que c’est le plus excitant, quand l’art tient dans 32 millimètres, il devient portatif », dit Jisbar. La formule est précise : il ne s’agit pas de réduire une œuvre, mais de penser dans la contrainte dès l’origine.

La version présentée au WPHH 2026 se décline en deux diamètres — 32 mm et 35 mm — sur bracelet blanc, en acier ou en or. Le tirage est de 150 pièces au total : 25 exemplaires en or par taille, 50 en acier par taille. Le fond de boîte porte la numérotation individuelle et la signature gravée des deux Maisons.


La complication Crazy Hours

Le mécanisme de saut d’heure repose sur un système à came et ressort sautant qui libère l’index à l’instant précis du changement d’heure, sans progression intermédiaire. À la différence d’un affichage digital, le saut est purement mécanique — la brutalité du geste est une donnée d’architecture, non un effet visuel.


La question que cette pièce laisse ouverte est celle du statut de l’œuvre sur un support mobile. Contrairement à une montre à cadran peint — où l’image est fixe — la Crazy Hours distribue et redistribue ses éléments graphiques selon une logique que l’artiste n’a pas composée. L’œuvre n’est jamais la même deux heures de suite. Ce n’est pas une édition limitée d’un tableau. C’est autre chose, que ni l’horlogerie ni l’art contemporain n’ont encore tout à fait nommé.

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