Chez Montblanc, la montagne n’est plus seulement un emblème blanc posé sur une couronne. Elle devient un terrain technique, presque un laboratoire. Les nouvelles 1858 Small Second 0 Oxygen, Iced Sea Automatic Date 0 Oxygen et Star Legacy Nicolas Rieussec Chronograph Limited Edition 821 composent un triptyque assez net : l’instrument d’expédition, la montre de plongée pensée par le glacier, et le chronographe comme objet historique né d’un geste d’écriture.
La Montblanc 1858 Small Second 0 Oxygen réduit son boîtier à 38 mm et travaille un vocabulaire de montre d’exploration : cadran noir laqué, chiffres arabes et index luminescents, petite seconde, guichet de date à trois heures, chemin de fer périphérique et aiguilles cathédrales remplies de Super-LumiNova®. La lunette fixe reçoit un insert en céramique noire avec points cardinaux luminescents, rappel discret des montres d’expédition des années 1920 et 1930.




La vraie singularité tient au boîtier 0 Oxygen. En éliminant l’oxygène à l’intérieur de la montre, Montblanc réduit le risque de condensation lorsque l’objet traverse des variations importantes de pression atmosphérique et de température. Ce n’est pas une complication visible, mais une précaution d’usage. La montre est étanche à 10 bars, environ 100 mètres, et reçoit un fond gravé du Mont Blanc, traité en relief avec alternance de surfaces polies et mates.
Le bracelet raconte une autre part de la Maison. Le cuir de veau Saffiano bleu-noir, ponctué d’une surpiqûre grise, adopte une forme pointue qui évoque la plume d’un stylo-plume. Ce détail relie la montre à la culture d’écriture de Montblanc, sans forcer le symbole. La pièce est également livrée avec un bracelet en acier inoxydable interchangeable, doté d’un système de réglage fin. Le calibre automatique MB 24.16, avec petite seconde, date, 26 rubis, fréquence de 4 Hz et environ 38 heures de réserve de marche, place la montre dans un registre fonctionnel plutôt que démonstratif.
La collection Iced Sea poursuit la même logique, mais déplace le récit vers la Mer de Glace, le plus grand glacier de France selon l’office de tourisme de Chamonix-Mont-Blanc, avec sept kilomètres de longueur, 40 km² de surface et environ 200 mètres d’épaisseur. Montblanc en tire trois lectures différentes : l’acier vieilli, la lumière corail de l’aube et du crépuscule, puis la moraine avec bois subfossile.
La Montblanc Iced Sea Automatic Date 0 Oxygen en acier vieilli part d’un traitement physique du boîtier et du bracelet. L’acier inoxydable reçoit un revêtement noir, puis il est vieilli par lavage et brossage avec du quartzite provenant du Mont Blanc. Le résultat donne une surface noircie, irrégulière, moins précieuse au sens décoratif que minérale au sens tactile. Le cadran glacier gris sfumato reprend la technique gratté-boisé, qui exige plus de trente étapes et quatre fois plus de temps qu’un cadran standard selon Montblanc.








La lunette de cette Iced Sea est pensée comme un outil. Elle clique 120 fois par rotation, reçoit un insert en céramique noire inrayable, et une zone abaissée au laser entre zéro et quinze minutes pour distinguer l’intervalle critique utilisé par les plongeurs lors du suivi de paliers de décompression. Le boîtier de 41 mm est étanche à 30 bars, environ 300 mètres, avec couronne vissée, fond gravé d’un plongeur et d’un iceberg, et calibre automatique MB 24.17/SW200 battant à 4 Hz avec environ 38 heures de réserve de marche. La collection Iced Sea est par ailleurs présentée par Montblanc comme certifiée ISO 6425, norme internationale dédiée aux montres de plongée.




L’édition limitée à 300 pièces travaille la même base technique dans un format de 38 mm, mais change de température visuelle. Le cadran glacier corail et la lunette bicolore en aluminium anodisé rouge corail et rouge foncé évoquent les reflets chauds que peut prendre la glace à l’aube ou au crépuscule. Le boîtier reste sans oxygène, étanche à 30 bars, et le fond conserve la gravure 3D du plongeur et de l’iceberg. La montre est livrée avec un bracelet acier et un bracelet caoutchouc corail, tous deux interchangeables.
L’édition limitée à 700 pièces est la plus narrative des trois Iced Sea. Son chiffre n’est pas arbitraire : il renvoie aux sept kilomètres de la Mer de Glace. Son cadran incorpore des fragments de bois subfossile issus de la moraine du glacier, collectés avec des alpinistes de la vallée de Chamonix, puis disposés en copeaux avant d’être encapsulés dans une résine transparente traitée avec une finition givrée. Le cadran devient alors moins une imitation de glace qu’un fragment de paysage figé : bois, moraine, résine, texture cristalline.





Cette lecture géologique prend un relief particulier aujourd’hui. La Mer de Glace est aussi l’un des symboles les plus visibles du recul glaciaire alpin. Le Monde rappelait en 2024 que le glacier avait perdu environ un kilomètre de longueur et 160 mètres d’épaisseur en trente-cinq ans, dans un contexte de recul accéléré des glaciers alpins. Montblanc ne formule pas ces montres comme des objets militants ; mais la matière même de l’Iced Sea Limited Edition 700, avec ses fragments de bois préservés par la glace puis déplacés par la moraine, inscrit la montre dans une temporalité plus vaste que celle du poignet.











À côté de ces montres alpines, la Star Legacy Nicolas Rieussec Chronograph Limited Edition 821 regarde Paris. Son point de départ est le 1er septembre 1821, lorsque Nicolas Rieussec teste son dispositif de chronométrage lors des courses hippiques du Champ-de-Mars. Le système utilise une plume fixe déposant une goutte d’encre sur deux compteurs rotatifs, l’un pour les minutes, l’autre pour les secondes. En quelques semaines, l’invention est présentée à l’Académie des Sciences de Paris, qui adopte le terme « chronographe », littéralement « écrire le temps ».



Montblanc transpose ce principe dans une montre de 43 mm en acier inoxydable poli, animée par le calibre de manufacture MB R200. Le mouvement automatique intègre un chronographe monopoussoir à roue à colonnes et embrayage vertical à disques, une fonction double fuseau horaire, une indication jour/nuit et une date. Il réunit 319 composants, 40 rubis, deux barillets et environ 72 heures de réserve de marche.
Le cadran brun recompose une scène de courses hippiques parisiennes inspirée d’une illustration du XIXe siècle de Victor Adam. Les compteurs de chronographe — 60 secondes à huit heures, 30 minutes à quatre heures — sont des disques rotatifs bombés, tandis qu’un pont horizontal appliqué sert d’aiguille, reprenant la logique du chronographe à encre de 1821. Le bracelet en veau marron, dessiné par Marco Tomasetta, se termine en pointe comme une plume Montblanc ; sa doublure porte une carte de Paris indiquant notamment Notre-Dame, la Seine, le Champ-de-Mars, l’École Militaire et les adresses de travail de Rieussec.
Ces nouveautés n’appartiennent pas au même imaginaire, mais elles partagent une cohérence : faire de la montre un objet de passage entre un geste et un territoire. La 1858 Small Second parle de lisibilité et de résistance aux variations d’altitude. Les Iced Sea transforment la glace en surface, en texture, parfois en matière. La Nicolas Rieussec rappelle que le chronographe, avant d’être une complication de poignet, fut une machine à inscrire le temps.
Il y a là une ligne intéressante pour Montblanc : ne pas se contenter d’adosser l’horlogerie à son héritage d’écriture ou au sommet qui lui donne son nom, mais faire travailler ces deux mémoires ensemble. La plume, le glacier, l’oxygène retiré du boîtier, le bois conservé sous la glace, le cadran qui « écrit » la course : autant de signes qui donnent à ces pièces une profondeur au-delà de leur fiche technique. Le temps n’est jamais neutre lorsqu’il garde la trace d’un lieu.
