Home Horlogerie et JoaillerieVanguart Orb, le tourbillon volant cherche la couleur du quotidien

Vanguart Orb, le tourbillon volant cherche la couleur du quotidien

by pascal iakovou
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La haute horlogerie indépendante a longtemps cultivé une forme de gravité. Boîtiers sombres, architectures démonstratives, complications présentées comme des preuves de virtuosité. Avec les nouvelles Vanguart Orb Pink Ceramic Titanium et Vanguart Orb Blue Ceramic Rose Gold, Maison Vanguart tente un déplacement plus subtil : conserver la complexité du tourbillon volant, mais l’inscrire dans une montre pensée pour le poignet, la couleur, l’usage, presque la légèreté.

Présentées pendant la Geneva Watch Week 2026, du 12 au 17 avril, ces deux déclinaisons reprennent l’architecture de l’Orb lancée en 2024, avec son boîtier de 41 mm pour 10,5 mm d’épaisseur, son tourbillon volant et surtout son sélecteur de fonctions permettant d’alterner entre remontage manuel, remontage automatique et mise à l’heure. La sélection s’effectue par un poussoir intégré à la couronne ; trois guichets indiquent le mode actif : M, A ou H.  

Le principe pourrait sembler théorique. La plupart des montres automatiques acceptent déjà un remontage manuel. Ici, Vanguart en fait un geste mécanique visible : en mode manuel, la masse oscillante est fixée ; en mode automatique, elle se libère et entre en rotation. Le porteur n’est plus seulement celui qui remonte ou règle sa montre, mais celui qui décide de la manière dont l’énergie circule. C’est un détail presque philosophique, mais traité avec une logique d’ingénierie.

Cette nouvelle série ajoute la céramique sur les flancs du boîtier et le poussoir de couronne. Rose sur la version titane, bleue sur la version or rose 18 carats, elle introduit une tension intéressante entre matériau technique et tonalité douce. La céramique n’est pas employée ici comme signe de sportivité noire ou blanche, mais comme surface chromatique. Elle apporte résistance aux rayures, stabilité de couleur et une sensation tactile différente.  

L’intégration n’a rien d’anodin. Selon Vanguart, le développement a nécessité une année de recherche et d’outillage spécifique afin d’adapter la céramique aux courbes complexes de l’Orb, sans compromettre les finitions ni les performances. Le réhaut et la masse oscillante concaves reçoivent, eux, un traitement issu de l’industrie automobile, appliqué par micro-peinture de haute précision, afin de prolonger visuellement l’effet de la céramique sur des formes plus difficiles à exécuter dans ce matériau.  

À l’intérieur, le mouvement reste une pièce de haute complication : 395 composants, cadence de 3 Hz, réserve de marche de 60 heures, platine, ponts et cage de tourbillon en titane Grade 5. Les finitions combinent microbillage, satinage, polis bloqués et anglages réalisés à la main. Le pont central conserve son anglage tridimensionnel poli, signature visuelle de l’Orb, tandis que les index luminescents et les aiguilles satinées partiellement ajourées maintiennent une lecture claire malgré l’ouverture du mouvement.  

La démarche s’inscrit dans un parcours encore jeune. Vanguart s’est fait connaître avec la Black Hole Tourbillon, lancée en 2021, une montre à tourbillon volant central et affichage digital linéaire dont le Grand Prix d’Horlogerie de Genève indique une série limitée à 24 exemplaires.   L’Orb, apparue ensuite, a marqué une inflexion : une proposition moins radicale visuellement que Black Hole, mais encore très conceptuelle dans son rapport au remontage et à la lecture mécanique. Le site officiel de Vanguart présente d’ailleurs la Maison autour d’une idée claire : donner vie à des mécanismes complexes par la combinaison de technique traditionnelle, de technologie contemporaine et de vision singulière.  

Ces nouvelles Orb traduisent aussi une mutation plus large de l’horlogerie indépendante. Le collectionneur ne recherche plus seulement l’objet rare à conserver en coffre ou à exhiber lors d’un dîner entre initiés. Il attend des montres capables d’entrer dans la vie réelle, avec un confort, une présence et une ergonomie. Vanguart le dit explicitement : l’Orb devient un « tourbillon volant à porter tous les jours ». La formule est ambitieuse, presque paradoxale, mais le boîtier fin, le fond incurvé, le bracelet en caoutchouc assorti et le système de changement rapide intégré au fond de boîte donnent à cette intention une base concrète.  

La distribution confirme cependant que le quotidien reste très sélectionné. Chaque version est limitée à 25 pièces numérotées. L’Orb Pink Ceramic Titanium sera proposée uniquement chez Material Good, détaillant américain associé au développement de la pièce, avec un monogramme « MG » gravé sur le fond. L’Orb Blue Ceramic Rose Gold sera disponible chez Material Good, chez Ahmed Seddiqi au Moyen-Orient et directement auprès de Vanguart.  

Les citations des dirigeants éclairent cette stratégie. Mehmet Koruturk, président de Vanguart, voit dans la céramique le moyen d’apporter de la polyvalence à l’Orb sans altérer son identité. Axel Leuenberger, CEO, parle d’une montre « conçue pour être portée et vécue au quotidien ». Thierry Fischer, directeur créatif, insiste sur la subjectivité de la couleur, surtout lorsqu’elle passe par la profondeur de la céramique. Ces propos disent moins une rupture qu’un ajustement : rendre l’avant-garde moins distante, sans la diluer.  

La réussite de ces deux pièces tient précisément dans cette tension. L’Orb ne renonce ni à sa mécanique complexe, ni à son vocabulaire futuriste. Elle se colore, s’adoucit, devient plus tactile. Dans une industrie où la céramique sert souvent à affirmer la performance, Vanguart l’utilise comme un outil de nuance. Le tourbillon volant ne quitte pas la scène. Il apprend simplement à vivre avec la lumière du jour.

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