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Maserati, cent ans de Trident entre Bologne, Modène et la piste

by pascal iakovou
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Le Trident ne commence pas sur un capot. Il commence dans l’eau figée d’une fontaine, dans cette manière qu’ont les villes italiennes de confier leur orgueil à la pierre, aux dieux anciens, aux places traversées par des passants qui lèvent à peine les yeux. À Bologne, Neptune tient son arme comme on tient une idée simple : verticale, nette, presque abstraite. Mario Maserati en retient la ligne. En 1925, il dessine un signe. L’année suivante, ce signe apparaît sur une Tipo 26 engagée à la Targa Florio. Alfieri Maserati la conduit. Il remporte sa catégorie 1500 cm³ et termine huitième au classement général. Le symbole vient de trouver son premier bruit : celui d’une voiture qui court sur la Sicile.

Cent ans plus tard, il y a dans ce Trident quelque chose qui résiste à l’usure des logos. Beaucoup d’emblèmes automobiles ont fini par devenir des signatures de capot, des ornements polis par la communication. Celui-ci garde une nervosité plus ancienne. Trois pointes, un axe central, une tension presque héraldique. Il ne promet pas seulement la performance ; il rappelle que la performance, avant d’être une donnée, fut une prise de risque.

Maserati célèbre en 2026 le siècle de son Trident et celui de sa première victoire en course, réunissant dans une même date le signe et l’épreuve. C’est peut-être cela, au fond, qui donne à l’histoire sa tenue. Le logo n’est pas venu après coup habiller une réputation. Il était là au départ, au moment où la marque entrait dans la compétition par la poussière, les virages, le classement, les dixièmes de seconde. Santo Ficili, COO de Maserati, parle d’une entreprise qui a appris à construire ses voitures dans cette poursuite-là, celle du temps minuscule, presque invisible, qui sépare une bonne voiture d’une voiture victorieuse.  

Le Trident a changé de forme sans changer d’intention. Sur la Tipo 26, il s’inscrivait dans un badge rectangulaire, sombre sur fond clair. Dans les années trente, il adopte l’ovale et les couleurs rouge et bleu de Bologne. En 1980, un fond doré apparaît. En 1997, les proportions se réajustent. Puis vient la « New Era » ouverte avec la MC20 en 2020 : le dessin se simplifie, s’allège, se tend vers une élégance plus contemporaine, dominée par le bleu profond du Blu Maserati. Les signes qui durent ne restent jamais immobiles. Ils apprennent seulement à modifier leur voix sans perdre leur accent.

L’histoire sportive, elle, a donné au symbole une épaisseur que le design seul n’aurait pas suffi à produire. Deux victoires consécutives aux Indianapolis 500, en 1939 et 1940. Quatre triomphes d’affilée à la Targa Florio entre 1937 et 1940. Neuf victoires en Formule 1. Le titre mondial de Juan Manuel Fangio en 1957. Plus tard, la MC12, souveraine en FIA GT entre 2005 et 2010. Puis le retour de Maserati avec la GT2 depuis 2023. Ce ne sont pas seulement des lignes dans un palmarès ; ce sont des strates. Chaque victoire ajoute au Trident une densité de métal, d’huile chaude, de réglages nocturnes, de mécaniques ouvertes sous la lumière crue des stands.

Pour ce centenaire, Maserati choisit de ne pas se limiter à l’archive. Tous les événements mondiaux de la maison en 2026, des concours d’élégance aux compétitions, des lancements aux initiatives culturelles, feront du Trident un fil conducteur. Une campagne accompagne cette traversée du siècle, réunissant la Tipo 26, la Ghibli, la MC12 et les modèles contemporains. Elle associe animation 3D et intelligence artificielle, mais son geste le plus troublant tient ailleurs : la voix recréée de Maria Teresa De Filippis, première femme à prendre part à un Grand Prix de Formule 1 en 1958 au volant d’une Maserati 250F. Il y a là une forme de boucle. La technologie ne sert pas seulement à produire une image neuve ; elle tente de rendre un timbre à la mémoire.

Un timbre, justement, a été présenté le 9 avril à Rome par le ministère italien des Entreprises et du Made in Italy. Dessiné par le Centro Stile Maserati, il associe le Trident contemporain à des motifs inspirés des premières versions de 1926. Une reconnaissance postale peut sembler modeste face au vacarme d’un moteur. Elle dit pourtant quelque chose de précis : lorsqu’un logo entre dans l’univers des timbres, il cesse d’être seulement un signe commercial. Il devient une petite pièce d’État, une image que l’on colle, que l’on oblitère, que l’on envoie. Une forme de diplomatie miniature.

Reste la question de l’avenir. Maserati parle aujourd’hui d’hybride, de V6, de Folgore, de grand tourisme électrique, de personnalisation Fuoriserie, de Classiche et de Corse. La gamme elle-même semble tenue entre deux pôles : préserver la sensualité mécanique d’une maison née à Modène, et écrire une mobilité de luxe moins dépendante des anciens rites du moteur. Le Trident, dans cette transition, devient plus qu’un héritage. Il doit servir de ligne de conduite. Non pas comme un talisman nostalgique, mais comme un rappel de discipline.

On imagine alors le signe dans sa version la plus silencieuse : non sur un mur de campagne, ni même au centre d’un capot, mais dans l’ombre d’un atelier, avant la pose, avant la route. Trois pointes encore immobiles. Autour, la lumière bleue d’une carrosserie. Et cette impression qu’un siècle, parfois, peut tenir dans quelques millimètres de métal.

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