La Maison de parfumerie matérialise son héritage olfactif à travers une collection d’objets sculpturaux. Une collaboration avec Xavier Dehaye qui ancre l’effluve dans le bronze et la céramique.
L’exercice est périlleux pour une maison de parfum : comment quitter le flacon sans perdre son essence ? Depuis 1904, Caron travaille l’invisible. Sous la direction d’Olivia de Rothschild, la Maison opère aujourd’hui un glissement sémantique et physique vers l’objet d’art. Avec la collection « Les Formes Libres », Caron ne propose pas des accessoires, mais une lecture volumétrique de son patrimoine, traduite par la main de l’artiste Xavier Dehaye.
La fixité du mouvement
Il s’agit de figer ce qui, par nature, s’évapore. Pour cette première édition, la Maison s’est tournée vers l’Atelier Constant et son fondateur. Le choix n’est pas anodin : Xavier Dehaye travaille le rapport entre le mouvement et le volume. Dans son atelier parisien, la collaboration s’est articulée autour de la technique de la fonderie et de la sculpture.
Loin des lignes industrielles lissées, les pièces conservent la « mémoire de la main ». Les surfaces ne sont pas planes ; elles sont texturées, portant les stigmates du processus de création. C’est une approche brute qui contraste avec la préciosité habituelle de la parfumerie classique. Ici, le luxe réside dans l’irrégularité maîtrisée du matériau, qu’il s’agisse de bronze ou de céramique.
Fonction et abstraction
La collection se décline en porte-encens, flacons, boîtes et vases. Si la fonction est identifiable, elle n’est pas restrictive. Les objets sont pensés comme des sculptures autonomes. Le porte-encens n’est pas un simple support utilitaire, mais une étude de courbes destinée à accueillir la combustion.
Olivia de Rothschild résume cette intention par une volonté de « laisser la matière respirer ». C’est là tout l’enjeu de cette capsule : offrir une densité physique à une marque connue pour sa légèreté olfactive. Les objets s’inscrivent dans une temporalité longue, celle de l’art de vivre et de la collection, opposée à l’immédiateté de la consommation cosmétique.
Ce n’est plus seulement une odeur que l’on porte, mais une forme que l’on habite. Une évolution cohérente pour Caron, qui rappelle que le design, comme le parfum, est avant tout une affaire de proportions et de maîtrise du temps.





























