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Château de Chambord Romorantin 2023 : la renaissance liquide d’une utopie royale

by pascal iakovou
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Il est des lieux où le vin n’est pas seulement une production agricole, mais l’achèvement d’une architecture. À Chambord, colosse de pierre voulu par François Ier, la vigne ne sert pas de décor ; elle est la racine manquante d’un projet global imaginé il y a cinq siècles. Avec la cuvée Romorantin 2023, le Domaine national ne se contente pas de mettre en bouteille un millésime ; il ressuscite une mémoire ampélographique que l’on croyait éteinte, réaffirmant le lien charnel entre le monument et son terroir sablonneux de Sologne.

Le choix du cépage Romorantin n’a rien d’anodin. Longtemps entouré d’une légende tenace — on racontait que François Ier avait fait venir 80 000 pieds de Beaune en 1519 — ce raisin est en réalité un enfant du pays, une variété endémique que la génétique a rendue à sa terre natale. Replanté en 2015 au lieu-dit historique de l’Ormetrou, là même où les cartes du XVIIIe siècle attestaient de sa présence, il s’épanouit désormais en agriculture biologique. Ce retour aux sources n’est pas un geste nostalgique, mais une preuve de résilience : dans un millésime 2023 marqué par l’alternance brutale de canicules et d’humidité, le Romorantin a démontré sa capacité à puiser dans les argiles du sous-sol la force nécessaire pour mûrir sans s’effondrer.

La vinification traduit cette quête de pureté. Récoltés à la main en septembre, les raisins ont subi un pressurage lent, méthode douce qui privilégie l’extraction aromatique sans l’amertume végétale. La fermentation, initiée en cuves et achevée en fûts de chêne, précède un élevage de dix mois sur lies. Ce temps de repos confère au vin une texture singulière, loin des standards variétaux habituels. La robe, d’un or soutenu, annonce un nez complexe où se mêlent l’abricot, la cire d’abeille et les fleurs blanches. En bouche, l’attaque est volumineuse, presque opulente, avant d’être rattrapée par une tension minérale et une finale saline, signature indélébile des sables de Chambord.

Proposé dans un format atypique de 50 cl, ce flacon s’impose comme un objet de curiosité autant que de gastronomie. Limité à 10 000 exemplaires, il incarne une vision du luxe où la rareté ne naît pas du marketing, mais de l’histoire. En dégustant ce Romorantin, on ne boit pas simplement un vin de Loire ; on goûte à l’aboutissement d’un rêve royal qui aura mis 500 ans à trouver son équilibre exact entre la pierre et le végétal.

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