Home ModeFashion WeekHayeli Multiple FW26 — Tigran Tsitoghdzyan et la mode comme prolongement de la peinture hyperréaliste

Hayeli Multiple FW26 — Tigran Tsitoghdzyan et la mode comme prolongement de la peinture hyperréaliste

by pascal iakovou
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Au Palais de Tokyo, Hayeli a présenté vingt-cinq silhouettes nées d’une question que le peintre pose depuis des années sur la toile : que reste-t-il de l’individu quand les reflets se superposent ?


Le nom Hayeli vient de l’arménien. Il signifie miroir. Ce n’est pas un détail biographique — c’est la clé de lecture de toute la démarche. La maison a été fondée conjointement par Tigran Tsitoghdzyan, peintre hyperréaliste dont les portraits jouent sur la distorsion et le dédoublement, et par le distributeur mode YOOTO, avec Armine Ohanyan à la direction de création. Trois rôles distincts, une seule vision : le vêtement comme surface réflexive, non comme objet de séduction.

Multiple, collection automne-hiver 2026 présentée au Palais de Tokyo en mars, compte vingt-cinq looks. Les silhouettes empruntent leur architecture aux formes cubiques des gratte-ciel — volumes tridimensionnels construits sur le corps plutôt qu’autour de lui. L’inspiration déclarée couvre New York, Paris, Tokyo : trois métropoles dont le point commun n’est pas l’esthétique mais la densité relationnelle, cette saturation d’identités qui se croisent sans jamais se fixer.


Détail — Les Teintures de France

Le communiqué mentionne Les Teintures de France parmi les partenaires techniques. Cet atelier spécialisé, dont l’histoire dans la teinture textile remonte à plusieurs décennies, opère en aval de la coupe : c’est à ce stade que les volumes conçus par Ohanyan acquièrent leur profondeur chromatique. La présence d’un partenaire technique français dans une collection portée par une vision arméniano-new-yorkaise dit quelque chose sur la façon dont Hayeli construit ses chaînes de fabrication — par compétence géographique plutôt que par cohérence narrative.


La scénographie du Palais de Tokyo a organisé le défilé comme une exposition, les modèles se déplaçant parmi des œuvres de grand format de Tsitoghdzyan. Ce dispositif n’est pas inédit dans le panorama des présentations PFW, mais il prend ici une signification différente : ce n’est pas la mode qui vient emprunter le prestige de l’art contemporain, c’est le peintre qui continue son œuvre dans un autre médium. « Mon travail explore depuis longtemps l’identité à travers la distorsion et le reflet », a dit Tsitoghdzyan. « Avec Multiple, la mode prolonge cette exploration dans le mouvement. »

La phrase est précise. Elle indique une hiérarchie : l’œuvre peinte est première, la collection est sa transposition cinétique. Pour une maison dont l’étymologie même est le miroir, la cohérence est réelle.

Ce que Multiple pose en filigrane est une question qui dépasse la saison : peut-on construire une maison de mode sur la grammaire d’un artiste vivant sans que l’un absorbe l’autre ? Hayeli n’a pas encore répondu — et c’est précisément ce qui rend la trajectoire à suivre.

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