Sur les îles Ummahat, en mer Rouge, un établissement du groupe Marriott vient d’obtenir un label conçu en 2026 pour les grandes destinations hôtelières. Il ne récompense rien de ce que l’on voit, mais ce que l’on choisit d’éteindre.
Nujuma signifie « étoiles » en arabe. Depuis son ouverture sur les îles Ummahat, au cœur du littoral saoudien de la mer Rouge, l’établissement du groupe Marriott a construit son identité autour de cette promesse nocturne. Il vient d’obtenir la certification DarkSky Approved Resort, décernée par DarkSky International en collaboration avec Red Sea Global, promoteur de la destination.
Le label, lancé en 2023 sous le nom de DarkSky Approved Lodging, a été retravaillé cette année pour répondre aux contraintes opérationnelles des grandes destinations hôtelières, un format distinct de celui pensé pour des établissements de taille plus modeste. Il évalue la conception de l’éclairage, la gestion environnementale et les pratiques d’exploitation au regard de critères internationaux de protection du ciel nocturne.
Ce que l’obscurité protège
La démarche dépasse le confort visuel des hôtes. L’obscurité naturelle conditionne le comportement, les déplacements et la survie des espèces nocturnes de l’archipel. Les tortues marines qui viennent y pondre s’orientent, à l’éclosion, vers la clarté naturelle de l’horizon, un réflexe que la lumière artificielle peut désorienter. Réduire l’éclairage superflu revient donc à préserver un cycle biologique documenté, et non seulement une ambiance.
L’établissement compte soixante-cinq villas de plage et sur pilotis, chacune dotée d’une piscine privée, conçues à partir de matériaux locaux et inspirées par la courbe des coquillages. Quatre restaurants et le spa Neyrah complètent une offre pensée pour connecter les hôtes aux rythmes de la nature, l’observation des étoiles comprise : des séances guidées permettent aux hôtes de suivre les constellations depuis le rivage, une fois la dernière lumière du jour retombée sur la mer Rouge.
« Le ciel nocturne fait partie intégrante de l’expérience à Nujuma. Il donne à nos hôtes l’occasion de s’arrêter, de regarder au-delà du quotidien et de se relier au paysage d’une manière profondément personnelle », indique Dennis Sorensen, Resort Manager de Nujuma, a Ritz-Carlton Reserve.
Une norme pensée pour l’échelle
Pour Ruskin Hartley, directeur général de DarkSky International, la collaboration avec Red Sea Global a permis de développer des pratiques d’éclairage adaptées aux besoins spécifiques des grandes destinations hôtelières, tout en maintenant les standards de l’organisation pour la protection de la nuit. Raed Albasset, Group Chief Environment and Sustainability Officer chez Red Sea Global, situe l’initiative dans une stratégie plus large : intégrer l’éclairage responsable à chaque étape du développement, de la conception à l’exploitation, plutôt que de le traiter comme un correctif appliqué après coup.
« Nujuma signifie étoiles en arabe, et le ciel nocturne a toujours été central dans l’identité du complexe », rappelle de son côté Tony Coveney, Area General Manager pour Marriott Luxury Group à The Red Sea. Il y voit un précédent pour l’ensemble de la destination, où hospitalité et responsabilité environnementale cessent d’être traitées comme des ambitions séparées.
Une pièce d’un ensemble plus vaste
Nujuma est la première Ritz-Carlton Reserve du Moyen-Orient, une distinction que la marque réserve à un nombre restreint d’adresses dans le monde. Elle s’inscrit dans un ensemble de trois destinations développées par Red Sea Global sur la mer Rouge, aux côtés de The Red Sea, ouverte en 2023, et d’AMAALA, qui a accueilli ses premiers hôtes cette année. Une troisième adresse, le Thuwal Private Retreat, avait ouvert dès 2024.
À mesure que les voyageurs cherchent des expériences façonnées par la nature plutôt qu’ajoutées à elle, la certification de Nujuma pose une question plus large que celle du seul tourisme saoudien : celle de savoir si le luxe de demain se mesurera à ce qu’il donne à voir, ou à ce qu’il choisit de ne pas éclairer.




