Hublot et l’Anticythère : l’obsession horlogère la plus ancienne du monde

by Pascal Iakovou
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En 1901, des plongeurs remontent des profondeurs de la mer Égée un fragment de métal corrodé. Il faudra un siècle de recherches pour comprendre ce qu’ils avaient trouvé : la plus ancienne machine de calcul connue de l’humanité, datant du IIe siècle avant notre ère. Un ordinateur astronomique. Un modèle mécanique du cosmos. Le mécanisme d’Anticythère. Hublot, qui a fait de la provocation formelle et de l’histoire une double boussole, en fait depuis des années son obsession la plus sérieuse.

Ce que les Grecs savaient que nous avions oublié

Le mécanisme d’Anticythère calculait les éclipses, les cycles lunaires, les positions des planètes connues, le calendrier des jeux olympiques. Ses 37 engrenages, dont certains font moins d’un millimètre, atteignent une précision que les ingénieurs contemporains peinent encore à reproduire entièrement. Ce n’est pas une curiosité archéologique : c’est la preuve que la pensée mécanique des Anciens avait atteint une sophistication que le Moyen Âge mit plus de mille ans à retrouver.

Ce que révèle l’obsession de Hublot pour ce mécanisme, c’est quelque chose que peu de maisons horlogères oseraient formuler aussi clairement : la mécanique de haute précision n’est pas une invention moderne. Elle est une redécouverte. Et les ingénieurs qui conçoivent aujourd’hui des mouvements de manufacture complexes travaillent, en un sens, dans la continuité d’un projet commencé sur une île grecque il y a plus de deux millénaires.

L’histoire antique comme terrain d’innovation

La démarche de Hublot avec l’Anticythère dépasse la citation culturelle. La maison genevoise s’est associée à des chercheurs et des archéologues pour tenter de reproduire — en miniature, au poignet — certains des mécanismes que le fragment original contenait. Ce n’est pas de l’archéologie reconstituée à des fins de marketing : c’est de l’ingénierie de recherche appliquée à un objet dont nous ne connaissons pas encore tous les secrets. Des fragments du mécanisme original restent à ce jour inexpliqués.

La nouvelle proposition de Hublot autour du thème de l’Anticythère, présentée en juin 2026, s’inscrit dans cette continuité. Entre histoire antique, innovation horlogère et exploration moderne — la formule de la communication officielle résume bien ce qui distingue ce projet de la simple commémoration : une volonté de faire du passé un laboratoire, non un alibi.

Ce que l’on porte au poignet quand on porte l’Anticythère

Il est tentant de réduire ces montres à leur statut d’objet de collection — onéreux, rare, réservé à quelques initiés. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Ce que propose Hublot avec l’Anticythère, c’est une invitation à reconsidérer notre rapport au temps lui-même. Pas le temps de la montre connectée qui affiche les notifications. Le temps long, cyclique, astronomique — celui que les Grecs mesuraient pour savoir quand planter, quand naviguer, quand prier.

L’horlogerie mécanique a toujours été une forme de philosophie portée au poignet. Avec l’Anticythère, Hublot pose la question autrement : qu’est-ce que mesurer le temps nous dit de notre place dans le cosmos ? La réponse, gravée dans du bronze corrodé au fond de la mer Égée, attend depuis deux mille ans. Elle n’a pas perdu de son actualité.

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