Un bijou de cinéma a ceci de particulier qu’il mène une double vie : celle, fictive, du personnage qui le porte à l’écran, et celle, bien réelle, de l’objet qui continue d’exister une fois le tournage achevé. Christie’s New York s’apprête à raviver cette seconde existence en mettant aux enchères les pièces portées par Meryl Streep dans la peau de Miranda Priestly, pour la suite très attendue du Diable s’habille en Prada. Parmi elles, deux créations de la maison italienne Vhernier : le collier de la collection Calla et la bague Abbraccio, toutes deux en or rose.
Le choix de ces pièces n’a rien d’accidentel. Miranda Priestly, personnage devenu en près de vingt ans une figure quasi mythologique de l’exigence esthétique absolue, ne pouvait porter n’importe quel bijou : il fallait des formes sculpturales, reconnaissables sans être criardes, capables de tenir le gros plan sans jamais paraître ostentatoires. Le collier Calla, dont le nom évoque la fleur du même nom, et la bague Abbraccio, littéralement « étreinte » en italien, incarnent cette école italienne du bijou-sculpture où la ligne prime sur l’accumulation de pierres.
L’exposition publique, gratuite, se tiendra à New York du 8 au 13 septembre, avant une vente entièrement dématérialisée. Le dispositif retenu, une enchère en ligne précédée d’une exposition physique, dit quelque chose de la manière dont les objets de cinéma circulent aujourd’hui entre les mondes : accessibles à qui veut simplement les voir, réservés à quelques-uns pour qui veut les posséder. Une porosité qui contribue à entretenir la légende du film sans jamais la vulgariser.
Le geste prend un relief supplémentaire par sa destination : les recettes de la vente seront intégralement reversées au Comité pour la protection des journalistes et au Conseil des créateurs de mode américains, deux causes qui, sous des formes différentes, défendent la liberté de regarder et de raconter le monde. Une manière, pour une franchise construite sur la satire d’une industrie parfois superficielle, de prouver que la fiction peut, l’espace d’une enchère, financer des combats bien réels. Le collier Calla passera de main en main ; ce qu’il aura permis de soutenir, lui, ne se mesurera pas en carats.


